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Message  MrSonge le Sam 26 Sep 2009 - 19:33

Tout cela mérite explication.
Le présent texte est en fait l'objet de mon Travail de Bac. Mon thème s'intitulait "réécriture théâtrale" : je devais choisir un auteur, lire une partie conséquente de son oeuvre théâtrale, et en faire un pastiche (pas forcement caricatural) en tentant de rendre au mieux son style. Exercice académique s'il en est, mais qui m'a semblé non seulement être intéressant d'un point de vue scolaire (pas de recherche à faire, comme dans d'autres Travaux de Bac), et d'un point de vue personnel puisqu'étudier à fond un auteur ne peut qu'être bénéfique.
J'ai donc choisi Victor Hugo, lu Ruy Blas, Lucrèce Borgia, Hernani, Cromwell plus évidemment tous ses romans, et je m'y suis mis !
J'ai choisi comme thème la Révolution française, chère à Hugo. Le titre est évidement un clin d'oeil à son roman Quatre-Vingt-Treize, que j'ai "Suissisié" et adapté puisque ma pièce se déroule en 1794, pendant la Terreur.
Donc voilà, l'esthétique est celle du drame romantique, il y a quatre actes (le dernier est très court) et trop de personnages. Razz

(Note : heu, c'est pas un roman, mais comme il n'y a pas de catégorie "théâtre", et pour cause, ben je savais pas ou le mettre.... ^^)

ACTE PREMIER

Scène I

LE GARDE, FABRE D'EGLANTINE, DANTON


1794. Le rideau se lève lentement, la lumière se fait progressivement. FABRE D'EGLANTINE est assis à une table de bois et lit un livre. Il semble fatigué et las. A côté de lui se trouve un tabouret vacant, et, près du livre, une cruche d'eau. Il est vêtu de vêtements de qualité mais sa cravate blanche est dénouée et sa chemise mal ajustée. Près de lui, une fenêtre à barreaux laisse entrer de la lumière. Dans le mur, face au public, se trouve une solide porte de fer. Après quelques minutes, la porte s'ouvre et le garde de la prison entre en tenant une lampe à la main.

LE GARDE.


Citoyen Fabre, vous avez de la visite.

FABRE D'EGLANTINE
.

Qui donc se soucie encore de mon sort ? Depuis que je croupis sous les verrous par la volonté de Robespierre, je n'ai reçu de visite que d'un corbeau affamé, attiré par mon quignon de pain et vous, mon geôlier qui me portez pitance quotidiennement. Y a-t-il seulement encore un seul de mes amis en liberté ? Chabot et Basire sont mes voisins de réclusion tandis que Desmoulins et Danton sont plus proches encore de la guillotine que le bourreau lui-même.

LE GARDE.


Voyez, citoyen, il s'agit en effet d'un de vos amis.

Le garde s'efface et éclaire Danton, qui entre d'un pas vif dans la cellule de son ami. Il porte une perruque blanche quelque peu décoiffée mais ses vêtements sont impeccables. Il tient dans sa main un tricorne noire usé et porte des bottes de la même couleur.
Une fois que Danton est entré, LE GARDE sort et l'on entend un bruit de serrure que l'on verrouille.


DANTON. Serrant la main de Fabre qui s'est levé.


Mon cher Fabre, comme tu le vois, je te serai fidèle jusqu'à la dernière heure. Qui semble approcher, d'ailleurs. Qu'importe, n'y pensons point maintenant. Cela viendra quand il le faudra.

FABRE D'EGLANTINE.
S'asseyant tandis que DANTON prend place sur le tabouret vacant.


Quel bonheur que de te revoir, Danton. Je reconnais en toi un véritable et précieux ami. Conte moi donc les nouvelles - inquiétantes à voir l'expression sombre de ton visage - de l'extérieur. Il y a bien peu de choses que je puisse entrevoir par cette piètre ouverture sur le monde. ( Se tournant vers la fenêtre ) Voilà bien toute la misère de ma position : un monde s'écroule et un autre naît ; une page d'histoire est tournée ; nous vivons une date charnière et tout ce que je puis entrevoir de cet instant grandiose se trouve emprisonné entre les barreaux de cette chétive fenêtre. Tu es mes yeux et mes oreilles, Danton, la seule personne qui me rattache encore à la Révolution.

DANTON.


N'attends pas trop de moi, Fabre, car je ne t'apporte aucune nouvelle qui puisse te réjouir. Cette révolution qui fut grande est devenue terrible en 1793. Elle est maintenant chaos et désordre. Personne ne sait plus qui sont ses amis, qui sont ses ennemis. Nous devons tous mordre de tous cotés et nous méfier de tout le monde. On accuse dans chaque faction, partout l'on complote et l'on trouve des traîtres dans chaque camp. Les hébertistes ont été guillotinés et je sens que Robespierre hésite à s'attaquer à moi. Je doute que cela dure. La guillotine fonctionne nuit et jour, ou du moins c'est l'impression qu'elle donne. Il est surprenant que Sanson ne soit point encore mort d'épuisement. Par les temps qui courent, si l'on surprenait un rat dans la cellule d'un royaliste, je suis persuadé que l'animal serait exécuté le jour même comme monarchiste sans même pouvoir assurer sa défense. Pourtant Robespierre s'en prend autant aux «ultras» qu'aux «citras» ; aux deux factions opposées, la nôtre et celle d'Hébert. «L'une nous pousse à la faiblesse, l'autre aux excès.» dit-il alors qu'il n'a rien fait pour empêcher la Terreur de l'an passé. L'Incorruptible semble maintenant décidé à éliminer la faction de gauche - la nôtre - avant toute autre chose.

FABRE D'EGLANTINE
se levant et se tournant vers la fenêtre, les mains jointes dans le dos.

Cela me semble évident, en effet. Je ne suis pas ici pour rien et je doute fort que Robespierre ne reste longtemps avant de s'en prendre à toi. ( Il se retourne vers Danton ) Ne crois-tu pas qu'il serait préférable que vous vous enfuyiez avant qu'il n'obtienne votre tête ?

DANTON, d'une voix pleine de dignité.


On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers. Je préfère mourir face au peuple que croupir en exil loin de lui. Il ne sera pas dit que Danton aura trahi ce qu'il aime plus que tout, la Liberté et la Nation française.

FABRE D'EGLANTINE
S'installant à nouveau sur le tabouret, appuyé contre le mur, il a le regard perdu dans le vague.


Es-tu certain que le peuple de Paris saura se souvenir de ton sacrifice ? La Convention est capable de lui faire croire tout ce qu'elle veut. Le peuple est naïf, il a besoin d'idoles auxquelles se rattacher, et une fois qu'il les a, il leur est dévoué corps et âme.

DANTON


Jusqu'à ce qu'enfin il ouvre les yeux. Mais les idoles d'avant 1789 ont été remplacées par celles de la révolution. Maintenant le peuple est aveuglé par des concepts tels que la démocratie, la liberté et l'égalité qu'on lui agite sous le nez comme une carotte devant le museau d'un âne. Cette révolution qui est peut être le point culminant de l'histoire et dont nous ne verrons sans doute pas la fin, éblouit les hommes qui ne savent plus qu'une chose : éliminer la monarchie par tous les moyens. La révolution s'est muée en une énorme partie de chasse ! ( Il se met debout en levant les bras et se met à arpenter le cachot ) Les royalistes sont le gibier, le Comité de Salut Public la poudre, le peuple les fusils, la guillotine la mitraille, la Convention les chasseurs. Voilà ce qu'est devenue l'oeuvre immense et grandiose de 1789 ! Nous ne voulions pas une révolution sans révolution, comme le disait Robespierre, mais simplement une révolution sans massacre. Nous voulions une révolution qui soit un tribunal, nous avons eu une révolution qui est un abattoir public.

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"Dans un roman, on doit retrouver l'univers de l'écrivain du début à la fin, dans une seule phrase, la première venue."
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Message  Pacô le Sam 26 Sep 2009 - 19:46

Je vais créer de ce pas une catégorie théâtre, j'en attendais un pour le faire.
Je commenterai plus tard par contre =/.

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Message  MrSonge le Sam 26 Sep 2009 - 19:48

Wahhh, que c'est beau l'informatique !! xD

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Message  Pacô le Sam 26 Sep 2009 - 23:31

MrSonge a écrit:
ACTE PREMIER

Scène I

LE GARDE, FABRE D'EGLANTINE, DANTON

1794. Le rideau se lève lentement, la lumière se fait progressivement. FABRE D'EGLANTINE est assis à une table de bois et lit un livre. Il semble fatigué et las. A côté de lui se trouve un tabouret vacant, et, près du livre, une cruche d'eau. Il est vêtu de vêtements de qualité mais sa cravate blanche est dénouée et sa chemise mal ajustée. Près de lui, une fenêtre à barreaux laisse entrer de la lumière. Dans le mur, face au public, se trouve une solide porte de fer. Après quelques minutes, la porte s'ouvre et le garde de la prison entre en tenant une lampe à la main.

LE GARDE.

Citoyen Fabre, vous avez de la visite.

FABRE D'EGLANTINE
.

Qui donc se soucie encore de mon sort ? Depuis que je croupis sous les verrous par la volonté de Robespierre, je n'ai reçu de visite que d'un corbeau affamé, attiré par mon quignon de pain et vous, mon geôlier qui me portez pitance quotidiennement. Y a-t-il seulement encore un seul de mes amis en liberté ? Chabot et Basire sont mes voisins de réclusion tandis que Desmoulins et Danton sont plus proches encore de la guillotine que le bourreau lui-même.

LE GARDE.


Voyez, citoyen, il s'agit en effet d'un de vos amis.

Le garde s'efface et éclaire Danton, qui entre d'un pas vif dans la cellule de son ami. Il porte une perruque blanche quelque peu décoiffée mais ses vêtements sont impeccables. Il tient dans sa main un tricorne noire usé et porte des bottes de la même couleur.
Une fois que Danton est entré, LE GARDE sort et l'on entend un bruit de serrure que l'on verrouille.


DANTON. Serrant la main de Fabre qui s'est levé.

Mon cher Fabre, comme tu le vois, je te serai fidèle jusqu'à la dernière heure. Qui semble approcher, d'ailleurs. Qu'importe, n'y pensons point maintenant. Cela viendra quand il le faudra.

FABRE D'EGLANTINE.
S'asseyant tandis que DANTON prend place sur le tabouret vacant.


Quel bonheur que de te revoir, Danton. Je reconnais en toi un véritable et précieux ami. Conte moi donc les nouvelles - inquiétantes à voir l'expression sombre de ton visage - de l'extérieur. Il y a bien peu de choses que je puisse entrevoir par cette piètre ouverture sur le monde. ( Se tournant vers la fenêtre ) (je l'aurais fait tourner avant qu'il ne dise cette phrase, pas après) Voilà bien toute la misère de ma position : un monde s'écroule et un autre naît ; une page d'histoire est tournée ; nous vivons une date charnière et tout ce que je puis entrevoir de cet instant grandiose se trouve emprisonné entre les barreaux de cette chétive fenêtre. Tu es mes yeux et mes oreilles, Danton, la seule personne qui me rattache encore à la Révolution.

DANTON.

N'attends pas trop de moi, Fabre, car je ne t'apporte aucune nouvelle qui puisse te réjouir. Cette révolution qui fut grande est devenue terrible en 1793. Elle est maintenant chaos et désordre. Personne ne sait plus qui sont ses amis, qui sont ses ennemis. Nous devons tous mordre de tous cotés et nous méfier de tout le monde. On accuse dans chaque faction, partout l'on complote et l'on trouve des traîtres dans chaque camp. Les hébertistes ont été guillotinés et je sens que Robespierre hésite à s'attaquer à moi (bof ... tu pourrais formuler un peu mieux). Je doute que cela dure. La guillotine fonctionne nuit et jour, ou du moins c'est l'impression qu'elle donne. Il est surprenant que Sanson ne soit point encore mort d'épuisement. Par les temps qui courent, si l'on surprenait un rat dans la cellule d'un royaliste, je suis persuadé que l'animal serait exécuté le jour même comme monarchiste sans même pouvoir assurer sa défense. Pourtant Robespierre s'en prend autant aux «ultras» qu'aux «citras» ; aux deux factions opposées, la nôtre et celle d'Hébert. «L'une nous pousse à la faiblesse, l'autre aux excès.» dit-il alors qu'il n'a rien fait pour empêcher la Terreur de l'an passé. L'Incorruptible semble maintenant décidé à éliminer la faction de gauche - la nôtre - avant toute autre chose.

FABRE D'EGLANTINE
se levant et se tournant vers la fenêtre, les mains jointes dans le dos.
Cela me semble évident, en effet. Je ne suis pas ici pour rien et je doute fort que Robespierre ne reste longtemps avant de s'en prendre à toi. ( Il se retourne vers Danton ) Ne crois-tu pas qu'il serait préférable que vous vous enfuyiez avant qu'il n'obtienne votre tête ?

DANTON, d'une voix pleine de dignité.

On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers. Je préfère mourir face au peuple que croupir en exil loin de lui. Il ne sera pas dit que Danton aura trahi ce qu'il aime plus que tout, la Liberté et la Nation française.

FABRE D'EGLANTINE
S'installant à nouveau sur le tabouret, appuyé contre le mur, il a le regard perdu dans le vague.

Es-tu certain que le peuple de Paris saura se souvenir de ton sacrifice ? La Convention est capable de lui faire croire tout ce qu'elle veut. Le peuple est naïf, il a besoin d'idoles auxquelles se rattacher, et une fois qu'il les a, il leur est dévoué corps et âme.

DANTON

Jusqu'à ce qu'enfin il ouvre les yeux. Mais les idoles d'avant 1789 ont été remplacées par celles de la révolution. Maintenant le peuple est aveuglé par des concepts tels que la démocratie, la liberté et l'égalité qu'on lui agite sous le nez comme une carotte devant le museau d'un âne. Cette révolution qui est peut être le point culminant de l'histoire et dont nous ne verrons sans doute pas la fin, éblouit les hommes qui ne savent plus qu'une chose : éliminer la monarchie par tous les moyens. La révolution s'est muée en une énorme partie de chasse ! ( Il se met debout en levant les bras et se met à arpenter le cachot ) Les royalistes sont le gibier, le Comité de Salut Public la poudre, le peuple les fusils, la guillotine la mitraille, la Convention les chasseurs. Voilà ce qu'est devenue l'œuvre immense et grandiose de 1789 ! Nous ne voulions pas une révolution sans révolution, comme le disait Robespierre, mais simplement une révolution sans massacre. Nous voulions une révolution qui soit un tribunal, nous avons eu une révolution qui est un abattoir public.

Des répliques fort intéressantes et fort bien formulées.
J'ai pas grand chose à dire ce soir ce matin, mais j'ai apprécié pour l'instant.
L'Incorruptible était-il déjà surnommé ainsi à cette époque ? A vérifier.

Tu nous fais un retraçage historique à travers leurs propos ... pourquoi pas. Le théâtre peut après tout, tout faire.

Attends de voir ce qu'en pensent les autres Wink !

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Message  MrSonge le Dim 27 Sep 2009 - 8:34

Merci pour les suggestions !!!

L'Incorruptible était-il déjà surnommé ainsi à cette époque ? A vérifier.
Déjà vérifié, kestucroi, je suis documenté. Razz

Oui, ça fait un peu retraçage historique mais c'était nécessaire pour la suite, sinon le lecteur ne comprendrait rien à l'action (complexe) qui va suivre. Il fallait donc que je brosse un tableau de la situation, et j'ai préféré le faire dans la pièce plutôt que de m'expliquer stérilement dans un avant-propos rébarbatif. ^^

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Message  Pacô le Dim 27 Sep 2009 - 18:32

Je remarque à quel point mon commentaire fut instructif à cette heure si tardive ce matin (très tôt) ^^.
Donc bon, je reprends.

Le truc qui m'avait dérangé (un tout pitit peu) c''était le côté "cours d'histoire récité" de la bouche des deux protagonistes. Ils vivent leur époque, donc j'ai l'impression qu'ils se racontent des trucs que les deux savent déjà (certes, le spectateur pas forcément ... ) et ça fait assez bizarre.

Sinon un vocabulaire approprié pour l'époque et des personnages qui ont l'air de bien figuré dans leur contexte historique.

Et oui, j'espère que des gens viendront te lire un peu (c'est la première pièce de théâtre \o/ ) !

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Message  MrSonge le Dim 27 Sep 2009 - 18:40

Oui, je comprend que ce côté dérange un peu mais j'y étais acculé pour deux raisons :
L'une, comme je l'ai dit, c'est que je suis bien obligé de planter le décor de mon action, et que j'ai opté pour cette option de préférence à un Narrateur intervenant au début qui monologuerai pour poser le tout.
L'autre, parce que Fabre est en prison depuis un certain temps, et que Danton fais un peu office de "Gazette", comme Cyrano dans le dernier acte, il vient raconter tout ce qui se passe en dehors, et donc ça fait un peu "cours d'histoire" mais pour eux c'est l'actualité la plus brulante. ^^
Mais je comprend qu'on tique sur ce point. Very Happy

Cela dit, suite !

FABRE D'EGLANTINE l'air découragé


Tout d'abord, les Vendéens se sont trompés en se révoltant contre ce qui devait les affranchir ; la révolution s'est dégradée en Terreur. Cela est normal, cela est humain. Mais maintenant ? ( Il désigne la fenêtre d'un ample geste du bras ) A quoi bon ces purges abominables qui envoient chaque jour des charrettes de chair humaine à la guillotine comme l'on porte les porcs à l'étal du boucher ?

DANTON s'ayant à nouveau et triturant distraitement son chapeau


Peut-être ma mort calmera-t-elle Robespierre.

FABRE D'EGLANTINE


Sans doute. Mais viendra un jour où la Convention en aura assez de l'Incorruptible lui-même.

DANTON


Une fois Robespierre mort, la République sera comme un enfant a qui l'on retire un père dur et sévère, mais sans lequel il ne peut avancer. Même si je n'approuve pas les méthodes de Robespierre, il me faut bien avouer que le peuple est encore incapable de se débrouiller par lui-même. Cela viendra. Plus tard. L'heure n'est pas encore à la démocratie.

FABRE D'EGLANTINE surpris par ces derniers mots


Comment ? Toi, Danton ne crois pas en la démocratie que tu défendais si hardiment il y a quelques mois encore ?

DANTON


J'y crois plus que tout, Fabre. Mais la France n'est pas encore prête. On ne fait pas une révolution comme on change de vêtements. Je crains que, dans notre enthousiasme de 1789, nous ayons voulu faire les choses trop vite. L'époque était grisante, le 14 juillet nous enivra. Nous nous voyions déjà instaurant la république à Paris de la même manière que s'il eût simplement fallu changer le drapeau et quelques frontispices. Mais une révolution, c'est beaucoup plus que cela. Et ce ne peut être fait en trois jours. Il faut du temps pour que les Français puissent s'habituer. Pour les paysans et les médiocres, la république effraye car elle est immense. Nous n'avons pas pris le temps de les familiariser avec nos idées, nous les leur avons jetées en pleine figure en pensant que cela suffirait. ( Il marque une pause et soupire ) Et dire que moi-même j'ai commis une erreur de taille. Une impardonnable erreur.

FABRE D'EGLANTINE


Une erreur, Danton ? Et quelle est-elle donc ?

DANTON


J'ai voté la mort du roi, mon cher Fabre. ( Il agite la tête, l'air désespéré ) Quelle colossale méprise ! Mais à l'époque je ne voyais que la démocratie. J'étais ébloui et aveuglé par les événements qui se déroulaient autour de moi, j'ai voulu aller jusqu'au bout en précipitant le roi dans sa chute funeste. Nous avons tous sombré dans une folie collective brutale dont quelques uns sortent à peine à présent. Le hideux gouffre de la décadence s'est ouvert sous nos pas. Et aujourd'hui encore, les Parisiens se vautrent avec complaisance au milieu de ces pourritures abjectes, aux relents nauséabonds, que sont le goût du sang, les exécutions massives, la guerre civile, le meurtre, en un mot la barbarie. Les Français, ceux que je vois hurler dans les rues, demander la tête de gens qu'ils oublieront immédiatement après la chute fatidique du couperet, ne sont pas prêts à quitter la monarchie. Le peuple de Paris avait l'illusion qu'il était assez mûr pour se passer d'un monarque. Cela est faux, j'en suis persuadé. Donner le pouvoir à ces pions, ces militants grégaires, cette foule démente traînée comme un pantin par des hommes politiques rampants, plus vils et cruels que les nobles qu'ils guillotinent à tour de bras ? Folle utopie ! Dangereuse tentation ! ( Il semble hésiter, puis reprend un peu plus doucement ) Louis XVI était faible, certes, mais il avouait lui-même n'avoir pas été fait pour être roi. Savez-vous que je me surprends de plus en plus souvent à le plaindre?

FABRE D'EGLANTINE le regard perdu dans le vague


Je comprends. ( Il se retourne et regarde Danton dans les yeux ) Mais ne vous blâmez point. Nous n'avions pas le recul nécessaire, à l'époque, pour seulement entrevoir toute la portée de nos actes. La révolution était un aigle lancé à pleine vitesse et fondant serres ouvertes sur sa proie. Il était inutile d'essayer de l'arrêter. Les Français en avaient assez des scandales quotidiens révélés au matin et qui tombaient dans l'oubli avant le souper. Ils en avaient assez des lettres de cachet, des arrestations abusives, de la misère de plus en plus noire. A l'égarement des nobles a répondu la folie de la roture. En quelques années, le peuple a voulu faire payer à la noblesse toute la souffrance qu'elle lui avait infligée depuis Louis XIV. Imaginez, un siècle et demi de tyrannie à faire payer en quelques années. Démesure formidable de cette entreprise ! Nous en payons maintenant le prix ; moi, vous, Chabot, Basire, Ronsin. Le tour de Saint-Just viendra, tout comme celui de son ami Robespierre.

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Message  Pacô le Jeu 15 Oct 2009 - 16:55

MrSonge a écrit:
FABRE D'EGLANTINE l'air découragé

Tout d'abord, les Vendéens se sont trompés en se révoltant contre ce qui devait les affranchir ; la révolution s'est dégradée en Terreur. Cela est normal, cela est humain. Mais maintenant ? ( Il désigne la fenêtre d'un ample geste du bras ) A quoi bon ces purges abominables qui envoient chaque jour des charrettes de chair humaine à la guillotine comme l'on porte les porcs à l'étal du boucher ?

DANTON s'ayant à nouveau (euh ça veut dire quoi ?) et triturant distraitement son chapeau

Peut-être ma mort calmera-t-elle Robespierre.

FABRE D'EGLANTINE

Sans doute. Mais viendra un jour où la Convention en aura assez de l'Incorruptible lui-même.

DANTON

Une fois Robespierre mort, la République sera comme un enfant a qui l'on retire un père dur et sévère, mais sans lequel il ne peut avancer. Même si je n'approuve pas les méthodes de Robespierre, il me faut bien avouer que le peuple est encore incapable de se débrouiller par lui-même. Cela viendra. Plus tard. L'heure n'est pas encore à la démocratie.

FABRE D'EGLANTINE surpris par ces derniers mots

Comment ? Toi, Danton, (sans virgule, il faut un "t" à croire) ne crois pas en la démocratie que tu défendais si hardiment il y a quelques mois encore ?

DANTON

J'y crois plus que tout, Fabre. Mais la France n'est pas encore prête. On ne fait pas une révolution comme on change de vêtements (un peu léger comme comparaison, tu trouves pas ?). Je crains que, dans notre enthousiasme de 1789, nous ayons voulu faire les choses trop vite. L'époque était grisante, le 14 juillet nous enivra. Nous nous voyions déjà instaurant la république à Paris de la même manière que s'il eût simplement fallu changer le drapeau et quelques frontispices. Mais une révolution, c'est beaucoup plus que cela. Et ce ne peut être fait en trois jours. Il faut du temps pour que les Français puissent s'habituer. Pour les paysans et les médiocres, la république effraye car elle est immense. Nous n'avons pas pris le temps de les familiariser avec nos idées, nous les leur avons jetées en pleine figure en pensant que cela suffirait. ( Il marque une pause et soupire ) Et dire que moi-même j'ai commis une erreur de taille. Une impardonnable erreur.

FABRE D'EGLANTINE

Une erreur, Danton ? Et quelle est-elle donc ?

DANTON

J'ai voté la mort du roi, mon cher Fabre. ( Il agite la tête, l'air désespéré ) Quelle colossale méprise ! Mais à l'époque je ne voyais que la démocratie. J'étais ébloui et aveuglé par les événements qui se déroulaient autour de moi, j'ai voulu aller jusqu'au bout en précipitant le roi dans sa chute funeste. Nous avons tous sombré dans une folie collective brutale dont quelques uns sortent à peine à présent. Le hideux gouffre de la décadence s'est ouvert sous nos pas. Et aujourd'hui encore, les Parisiens se vautrent avec complaisance au milieu de ces pourritures abjectes, aux relents nauséabonds, que sont le goût du sang, les exécutions massives, la guerre civile, le meurtre, en un mot la barbarie. Les Français, ceux que je vois hurler dans les rues, demander la tête de gens qu'ils oublieront immédiatement après la chute fatidique du couperet, ne sont pas prêts à quitter la monarchie. Le peuple de Paris avait l'illusion qu'il était assez mûr pour se passer d'un monarque. Cela est faux, j'en suis persuadé. Donner le pouvoir à ces pions, ces militants grégaires, cette foule démente traînée comme un pantin par des hommes politiques rampants, plus vils et cruels que les nobles qu'ils guillotinent à tour de bras ? Folle utopie ! Dangereuse tentation ! ( Il semble hésiter, puis reprend un peu plus doucement ) Louis XVI était faible, certes, mais il avouait lui-même n'avoir pas été fait pour être roi. Savez-vous que je me surprends de plus en plus souvent à le plaindre?

FABRE D'EGLANTINE le regard perdu dans le vague

Je comprends. ( Il se retourne et regarde Danton dans les yeux ) Mais ne vous blâmez point. Nous n'avions pas le recul nécessaire, à l'époque, pour seulement entrevoir toute la portée de nos actes. La révolution était un aigle lancé à pleine vitesse et fondant serres ouvertes sur sa proie. Il était inutile d'essayer de l'arrêter. Les Français en avaient assez des scandales quotidiens révélés au matin et qui tombaient dans l'oubli avant le souper. Ils en avaient assez des lettres de cachet, des arrestations abusives, de la misère de plus en plus noire. A l'égarement des nobles a répondu la folie de la roture. En quelques années, le peuple a voulu faire payer à la noblesse toute la souffrance qu'elle lui avait infligée depuis Louis XIV. Imaginez, un siècle et demi de tyrannie à faire payer en quelques années. Démesure formidable de cette entreprise ! Nous en payons maintenant le prix ; moi, vous, Chabot, Basire, Ronsin. Le tour de Saint-Just viendra, tout comme celui de son ami Robespierre.

Pas grand chose à redire encore une fois sur le style impeccable.

Une petite suggestion: Danton parle à un moment de son vote pour la mort du Roi. Il serait bon de mentionner aussi que ce vote était un pur coup monté et que le verdict ne pouvait être que la mort du roi puisque Robespierre avait justement exigé que le vote se fasse à main levée et non à bulletins secrets.
Je pense qu'il aurait été judicieux de l'indiquer, tant que tu es dans tes explications.

Ensuite, attention à ne pas trop (encore une fois) rester sur l'explication historique de tous les actes, même si Danton se comporte comme la gazette quotidienne. J'ai comme une drôle d'impression parfois en lisant ce théâtre qui m'est étrangère à mon habitude de lire du théâtre. Peut être est-ce l'absence de sentiments, enfin je veux dire, de démonstration du penchant de chaque perso. Enfin, j'ai une drôle d'impression.

Et pour finir, tu as quelques expressions qui me turlupinent et qui font légèrement "anachroniques" du style:
nous les leur avons jetées en pleine figure en pensant que cela suffirait.
Et pire:
Nous n'avions pas le recul nécessaire,

Mais ce sera tout pour l'instant Smile.

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Message  MrSonge le Jeu 15 Oct 2009 - 17:37

Je ne crois pas que la mort de Louis XVI ait été un coup monté à proprement parlé. Il est évident que Robespierre la voulait à tout prix, mais personne n'a été proprement forcé à voter oui. D'ailleurs un appel au peuple a été rejeté, et c'est surtout le public des tribunes qui huait les députés votant l'indulgence. Donc je ne pense pas que le coup était "monté" à l'intérieur de la Convention. Enfin, je ne suis pas non plus spécialiste de cette période... Razz

Et pour ton impression, je comprend tout à fait, mais il m'était impossible de faire sans cela. C'est un peu ce qui remplace le "Prologue" des tragédies qui vient déblatérer le passer des personnages sur scène pendant un quart d'heure. Mais tout va bientôt changer avec l'arrivée de Robespierre. ^^

Quant aux deux expressions, est-ce qu'elles sont vraiment anachroniques ? Mon prof - pourtant chinoiseur - n'a tiqué sur aucune des deux. Bon, il n'a pas la science infuse, mais je ne sais pas si "avoir du recul" n'était pas déjà en usage à cette époque. Je vérifierais, en tout, merci pour ces corrections toujours aussi soigneuses !!

Suite (plus courte, je me rends compte que je poste des pavés ><)

DANTON se levant et se coiffant de son bicorne


Tout ce que j'espère, c'est que le tour de Fouquier-Tinville viendra aussi. Cet être répugnant obtient chaque jour, par son acharnement, un nombre immense de condamnations à mort. Par la faute de cet accusateur public assoiffé de sang, la reine a été guillotinée. Hébert et lui ont multiplié les accusations les plus infamantes contre Marie-Antoinette. ( Il montre des signes d'agitation) Vous auriez dû les entendre, jeter à la figure de cette pauvre femme des dénonciations outrageantes et dégradantes ! Mais elle n'a pas perdu sa dignité et sa superbe ! (Il sourit d'une façon tout à fait dénuée d'humour avant de conclure ) Fouquier-Tinville et Hébert en étaient verts de rage.


FABRE D'EGLANTINE


Je ne comprends pas, en effet, quelle haine a bien pu pousser certains à vouloir prendre, en plus de celle du roi, la vie de sa femme.

DANTON


L'aveuglement, une fois de plus. Elle était pour eux un symbole de ce qu'ils se devaient de haïr plus que tout : la monarchie absolue. ( Il secoue la tête en soupirant ) Pauvre femme. Et pauvre enfant ! Songes donc à son fils, Louis XVII, qui croupit en ce moment dans la prison du Temple. Ont-ils donc besoin de s'en prendre à cet enfant de huit ans qui n'a commis de crime que celui de naître au mauvais endroit au mauvais moment ?


FABRE D'EGLANTINE


Pauvre petit homme, en effet. Il semblerait de plus qu'il soit malade. L'infortuné n'en a certainement plus pour longtemps. ( Il se tourne tristement vers la fenêtre )

Avant que DANTON ait pu répondre, un bruit de serrure se fait entendre et la porte de la cellule pivote sur ses gonds. LE GARDE entre à nouveau, tenant un trousseau de clef et une lampe.

LE GARDE à DANTON

Citoyen Danton, le temps de visite est écoulé. Il vous faut quitter le prisonnier.

DANTON au GARDE


J'arrive, garde. Laissez moi au moins le temps de saluer dignement un ami que je ne reverrai peut être jamais. ( à FABRE D'EGLANTINE ) Au revoir ou Adieu, mon ami. Je ne sais. Mais j'espère que même si c'est dans la charrette de Sanson, nous nous reverrons avant que nos têtes aillent rouler sur le hideux étal du bourreau.

FABRE D'EGLANTINE debout et serrant la main de DANTON

Je l'espère aussi, Danton. Tu auras été un de mes plus précieux amis et je te serai fidèle jusqu'à la fin. Adieu !

DANTON se tourne vers la porte et s'apprête à sortir de la cellule quand un bruit de pas rapides, mais pas précipités, se fait entendre à l'extérieur.

LE GARDE intrigué


Qui vient donc en ces lieux à cette heure-ci ? ( Il se tient sur le seuil et regarde à l'extérieur de la cellule, tenant la lanterne au dessus de sa tête. Il hausse la voix ) Qui est-là ? Est-ce toi Joseph ? Ton tour de garde ne vient pourtant que dans une heure.


A peine a-t-il fini qu'entre ROBESPIERRE qui le bouscule légèrement sans s'excuser ni même le regarder. Il porte une redingote verte, une culotte noire et une cravate de soie blanche nouée en un noeud élégant. Tout dans sa mise est impeccable. Lorsqu'il aperçoit DANTON, il s'immobilise. Visiblement, il ne s'attendait pas à le trouver ici. Il le salue tout de même, ainsi que FABRE D'EGLANTINE.

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Message  Pacô le Jeu 15 Oct 2009 - 21:13

MrSonge a écrit:
DANTON se levant et se coiffant de son bicorne

Tout ce que j'espère, c'est que le tour de Fouquier-Tinville viendra aussi. Cet être répugnant obtient chaque jour, par son acharnement, un nombre immense de condamnations à mort. Par la faute de cet accusateur public assoiffé de sang, la reine a été guillotinée. Hébert et lui ont multiplié les accusations les plus infamantes contre Marie-Antoinette. (je sais pas, le fait que tu dises d'abord la reine, puis Marie Antoinette, ça fait un drôle d'effet. Pourquoi pas d'abord Marie Antoinette puis ensuite la reine ? Parce que ouais, ces deux phrases font un drôle d'effet) ( Il montre des signes d'agitation) Vous auriez dû les entendre, jeter à la figure de cette pauvre femme des dénonciations outrageantes et dégradantes ! Mais elle n'a pas perdu sa dignité et sa superbe ! (Il sourit d'une façon tout à fait dénuée d'humour avant de conclure ) Fouquier-Tinville et Hébert en étaient verts de rage.


FABRE D'EGLANTINE

Je ne comprends pas, en effet, quelle haine a bien pu pousser certains à vouloir prendre, en plus de celle du roi, la vie de sa femme.

DANTON

L'aveuglement, une fois de plus. Elle était pour eux un symbole de ce qu'ils se devaient de haïr plus que tout : la monarchie absolue. ( Il secoue la tête en soupirant ) Pauvre femme. Et pauvre enfant ! Songes donc à son fils, Louis XVII, qui croupit en ce moment dans la prison du Temple. Ont-ils donc besoin de s'en prendre à cet enfant de huit ans qui n'a commis de crime que celui de naître au mauvais endroit au mauvais moment (je crois que je laisserais simplement: "que celui de naître ?" Le reste fait superflu) ?


FABRE D'EGLANTINE

Pauvre petit homme, en effet. Il semblerait de plus qu'il soit malade. L'infortuné n'en a certainement plus pour longtemps. ( Il se tourne tristement vers la fenêtre )

Avant que DANTON ait pu répondre (c'est du passé ... "avant que DANTON puisse répondre"), un bruit de serrure se fait entendre et la porte de la cellule pivote sur ses gonds. LE GARDE entre à nouveau, tenant un trousseau de clefs et une lampe.

LE GARDE à DANTON
Citoyen Danton, le temps de visite est écoulé. Il vous faut quitter le prisonnier.

DANTON au GARDE

J'arrive, garde. Laissez-moi au moins le temps de saluer dignement un ami que je ne reverrai peut être jamais. ( à FABRE D'EGLANTINE ) Au revoir ou Adieu, mon ami. Je ne sais. Mais j'espère que même si c'est dans la charrette de Sanson, nous nous reverrons avant que nos têtes aillent rouler sur le hideux étal du bourreau.

FABRE D'EGLANTINE debout et serrant la main de DANTON
Je l'espère aussi, Danton. Tu auras été un de mes plus précieux amis et je te serai fidèle jusqu'à la fin. Adieu !

DANTON se tourne vers la porte et s'apprête à sortir de la cellule quand un bruit de pas rapides, mais pas précipités, se fait entendre à l'extérieur.

LE GARDE intrigué

Qui vient donc en ces lieux à cette heure-ci ? ( Il se tient sur le seuil et regarde à l'extérieur de la cellule, tenant la lanterne au dessus de sa tête. Il hausse la voix ) Qui est-là ? Est-ce toi Joseph ? Ton tour de garde ne vient pourtant que dans une heure.


A peine a-t-il fini qu'entre ROBESPIERRE qui le bouscule légèrement sans s'excuser ni même le regarder. Il porte une redingote verte, une culotte noire et une cravate de soie blanche nouée en un nœud élégant. Tout dans sa mise est impeccable. Lorsqu'il aperçoit DANTON, il s'immobilise. Visiblement, il ne s'attendait pas à le trouver ici. Il le salue tout de même, ainsi que FABRE D'EGLANTINE.

Si, la mort de Louis XVI a été organisée. Justement, Robespierre savait que ceux qui voteraient contre la peine capitale serait huée (et il a tout fait pour embrigader des hueurs professionnels lors du vote).
Comme la rumeur commençait à circuler que des têtes tomberaient et que Robespierre deviendrait ce qu'il est devenu, beaucoup ont voté contre leur gré pour la mort du roi alors qu'il ne la souhaitait pas tellement.

Et puis concernant les tournures anachroniques, elles me font l'effet d'une manière de parler plus proche du XX/XXIème siècle, que de celui de la révolution, pas toi ?

Voilà qui est mieux Smile. Petite erreur de conjugaison mais bon ...

Concernant la reine aussi ... elle a peut être été la pire durant la révolution et sa peine a été, je pense, celle la plus justifiée même si aucune ne l'a réellement été un jour.
C'est elle qui a le plus comploté contre l'état français et contre tous les français, qui avec le comte de Fersen a organisé l'invasion de la France et qui a joué la provoc' en montrant tout l'apparat de la monarchie à une société miséreuse.
Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelait (pas forcément à tort) la pute de Versailles.
Donc, elle n'est pas coupable entièrement, mais c'est peut être celle qui a le plus irrité les français et qui justifie peut être le plus la condamnation à mort.

Voilà. Par contre, c'est aussi étrange que Robespierre débarque ainsi dans une geôle vu son statut. Je sais bien qu'à l'époque les gardes du corps n'étaient pas encore à la mode ... mais quand même !

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Message  MrSonge le Jeu 15 Oct 2009 - 21:21

Mais Danton, qui n'a pas eu besoin d'être poussé à voter pour n'était peut-être pas au courant des manigances exactes de Robespierre puisqu'il clamait depuis longtemps qu'il fallait que la tête du Roi tombe.

Pour Marie-Antoinette, c'est évident mais justement, ce qui est assez injuste c'est que le Tribunal n'ait pas mis l'accent sur les véritables méfaits de la reine et ait plutôt tiré la carte de l'humiliation gratuite. Ce qui fait, je crois, que bon nombre de révolutionnaires l'ont voulu morte par simple principe puisqu'ils n'étaient de loin pas tous au courant de ses agissements en ce qui concerne les plans d'invasions. Pour la provocations, on ne peut pas lui en vouloir, c'était une petite princesse qu'on a balancé à je ne sais plus quel âge à la cour de Versailles, une des plus fastueuse d'Europe, il était quasiment normal qu'elle fasse l'expérience des excès, puisque c'était à la mode à cette époque-là... ^^

Par contre, l'intrusion de Robespierre n'a, à mon avis, rien de surprenant. Ils ne se déplaçaient pas en bandes, et les geôles révolutionnaires de cette époque étaient sans doute les lieux les plus surs de la ville... xD

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Message  Laumie le Jeu 15 Oct 2009 - 21:25

Bon alors je m'en mêle. D'un côté, je suis d'accord avec toi Pacô pour dire que la Reine a mérité son sort puisqu'elle a tout fait pour déplaire au peuple Français. Mais de l'autre, si on lit les autobiographies, on sait que M-A a été élevée dans la simplicité et que rien ne laissait présager son destin de Reine de France. Le mariage a servi à jeter les bases d'un traité de paix entre l'Autriche et la France, rien d'une union d'amour ou même d'une entente exceptionnelle entre les 2 époux.
Et pour terminer, M-A n'a jamais été aussi Reine que dès son emprisonnement jusqu'à sa mort. Elle est restée digne jusqu'au bout.

Et pour en revenir à ta pièce, MrSonge, continue Razz Razz
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Message  MrSonge le Jeu 15 Oct 2009 - 21:30

Oui, c'est surtout cela que j'ai voulu dire. Qu'on la condamne pour des motifs valables (manigances politiques) soit, mais qu'on la traine dans la boue comme cela a été fait pendant tout son procès, les Fouquier-Tinville et autres illuminés déchargeant leur haine de la Monarchie sur elle, c'était un peu poussé. Enfin je trouve... ^^
Mais bon, comme chacun le sait, le vrai responsable de la Révolution, c'est l'arrière-arrière (je crois) grand-père, ce bon vieux Louis XIV qui, en saignant la France comme il l'a fait, à préparé le terrain. Après, Louis XIV a eut du bol, pas trop de famine, un Roi pas trop trop tyrannique, pas trop de guerres... Le pauvre Louis XVI, par contre, sans aucun sens pratique, aucune envie de régner, n'a rien vu venir, et a tout pris sur la gueule...

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Message  Pacô le Sam 17 Oct 2009 - 9:48

Sans aucun charisme non plus et avec pour seule ambition, celle de devenir horloger.
Louis XV a surtout été le règne du libertinage à outrance, mais pas trop d'excès qui auraient pu provoqué le peuple. Donc ouais, forcément, il a su se protéger le temps de son passage au trône.

Beh Marie-Antoinette a tout de même beaucoup joué la carte de la provoc' alors qu'il lui avait été demandé de se taire =/. Surtout quand le peuple menaçait Versailles.
Mais bon après, je connais peu de couples royaux qui se sont mariés par réel amour.

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Message  MrSonge le Sam 17 Oct 2009 - 10:08

Des couples royaux mariés par amour, ça n'existe pas, je crois bien. Après, il y en a eu qui ont mieux collés que d'autres, bien évidemment, le hasard fait parfois bien les choses, mais bon, voilà quoi... ^^

Pas tout le règne de Louis XV, non plus, ça fluctuait d'une favorite à l'autre. La dernière, par exemple, a redressé la situation à grand coup de moral ecclésiastique et Versailles est redevenu une cour, disons, moins lubrique. Mais il est vrai que sous la Pompadour, ça devait être quelque chose. Le Parc aux Cerfs n'a pas été crée pour rien... Razz

Oui mais il faut voir la situation de cette pauvre fille balancée à 15-16 ans depuis une des cours les plus tranquilles (politiquement parlant) et agréable d'Europe (l'Autriche) dans une des cours les plus fastueuses mais les plus protocolaires qui soit (la reine accouchait en public, ne l'oublions pas...). Evidemment que ça fait perdre un peu la tête et on ne pouvait pas lui demander, parce qu'elle est née à ce moment et à cet endroit, de faire preuve de plus de jugeote que lui en a attribué la nature. Sans compter qu'une petite reine jolie et écervelée, les courtisans de tous les bords n'ont pas tardés à tenter de se la mettre dans la poche (et non dans le lit, c'était trop risqué xD). Alors bon, il n'était peut-être pas facile de voir depuis la lunette faussée de la cour ce qu'il convenait vraiment de faire et de ne pas faire.

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