La Condition Humaine, André Malraux

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Message  MrSonge le Ven 20 Nov 2009 - 16:42

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Deux mots sur l'auteur :

André Malraux arrête ses études à 17 ans mais sa culture littéraire lui permet rapidement de travailler comme libraire. Il publie peu de temps après ses premiers articles et côtoie le milieu artistique et littéraire parisien. En 1923, il part pour le Cambodge à la suite de problèmes financiers, dans l'idée de rapporter des statues khmères. L'affaire tourne mal et Malraux, accusé, passera quelques temps en prison. Libéré, il repart pour Saïgon et s'engage contre la colonisation en créant le journal L'Indochine, bientôt interdit par les autorités françaises. Après plusieurs voyages en Orient, André Malraux s'engage contre le fascisme dès 1933 et commande, en 1936, une escadrille lors de la guerre d'Espagne. Simple soldat, il est fait prisonnier en 1940 mais s'évade rapidement. Il s'installe alors dans le sud de la France et ne s'engage dans la Résistance qu'en 1944, sous le pseudonyme de "colonel Berger". Il fait une rencontre décisive en 1945, celle du général de Gaulle. De 1946 à 1958, il publie entre autres "Les Voix du silence", "Le Musée imaginaire" et "La Métamorphose des dieux". En 1959, il devient ministre d'État chargé des affaires culturelles, poste qu'il occupera jusqu'en 1969. On lui doit notamment la création des Maisons de la Culture. Ses cendres sont conservées au Panthéon depuis 1996.

Personnages :

* Le Professeur Gisors est le père de Kyo, un intellectuel communiste, universitaire marxiste, et éminence grise derrière le soulèvement; il est la figure du sage, tous viennent se confier à lui.
* Kyoshi (Kyo) Gisors, fils du précédent, dirige l'insurrection communiste de Shanghai. Idéaliste, il luttera jusqu'à la mort pour la « dignité » des travailleurs. Il a été dit que Zhou Enlai fut le modèle pour ce personnage de Malraux. Il aime May.
* May, allemande épouse de "Kyo", médecin, représente la vie dans ce contexte de mort et donne au combat révolutionnaire sa dimension féminine.
* Tchen est un disciple du Professeur Gisors, lui aussi engagé dans la lutte terroriste, lutte qui deviendra par la suite sa seule raison de vivre. Il fait une sombre et mystique révolution dans le terrorisme suicidaire.
* Katow, généreux et courageux, est un ancien militant de la révolution russe de 1917. Rescapé de la mitraille des Russes blancs, son idéalisme l'a poussé à rejoindre la révolution communiste chinoise. C'est le personnage le plus humain du roman.
* Le Baron de Clappique est un ancien antiquaire et marchand d'art français, reconverti dans le trafic d'armes. C'est un personnage fantaisiste et joueur, théâtral et drôle, inquiétant aussi ; une création originale.
* Ferral, qui représente le pouvoir de l'argent, n'a qu'une passion : dominer autrui. C'est aussi un ambitieux industriel français, président de la Chambre de Commerce française.
* Hemmelrich représente l'humilié, c'est un ouvrier originaire de La Chaux-de-Fonds (SUIIIIISSE xD), éternel prolétaire perdant. Il s'engage dans l'action après avoir vu sa famille massacrée.

Résumé :

Ce roman relate le parcours d'un groupe de révolutionnaires communistes préparant le soulèvement de la ville de Shanghaï. Au moment où commence le récit, communistes et nationalistes préparent une insurrection contre le gouvernement.
Pour s'emparer de sa cargaison, Tchen poignarde un trafiquant d'armes. Kyo et Katow, soutenus par le baron Clappique, peuvent alors distribuer le fret aux combattants clandestins. L'insurrection a lieu le lendemain : le 22 mars. Le capitaliste Ferral convainc le milieu des affaires de se rallier au général Tchang Kaï-chek, sur le point d'envahir la ville. La victoire remportée, ce dernier se tourne contre les séditieux. En réaction, Kyo consulte le Komintern, mais Moscou préfère rester neutre. Tchen, pour sa part, envisage l'assassinat.
Au milieu de la répression, Clappique apprend qu'il est recherché par la police. Cherchant à prévenir Kyo et ne le trouvant pas, il lui fixe rendez-vous. Après un premier essai infructueux, Tchen tente un attentat suicide. Vainement : Tchang Kaï-chek n'est pas dans sa voiture. Clappique en retard au rendez-vous, Kyo et May se font arrêter. Hemmelrich, après avoir découvert le meurtre sauvage de sa famille, se joint à Katow pour lutter contre le général. Si Clappique intercède auprès de la police pour libérer Kyo, il ne parvient qu'à aggraver la situation.


Outre l'irréductible échéance liée à la mort, outre les multiples et indicibles souffrances, n'est-il pas donné à tous de choisir son destin ? Certes la vie est tragique mais elle doit avoir un sens. Un sens, peut-être des sens, mais seuls quelques-uns aux vertus salvatrices s'offrent aux hommes pour les affranchir de leur condition. La Révolution, au nom d'une foi en la fraternité, est une arme tournée contre la misère, celle qui enchaîne l'homme parce qu'elle le prive de sa dignité. Vaincre l'humiliation en leur nom propre ou pour les autres par le biais de la Révolution, voici le combat que se sont choisis les héros de La Condition humaine. Pour échapper à l'angoisse de "n'être qu'un homme", l'amour est un autre de ces moyens, mais seul l'amour véritable et fusionnel qu'éprouvent Kyo et May l'un pour l'autre est susceptible de briser la profonde solitude des êtres. Misérable humanité, humanité héroïque et grandiose, c'est "la condition humaine"... Elle résonnera à jamais comme un écho au fond de soi, tant il est vrai que ce roman est "d'une intelligence admirable et, malgré cela, profondément enfoncé dans la vie, engagé, et pantelant d'une angoisse parfois insoutenable", comme l'avait écrit Gide.

Mon avis :

Le sort de tous les humains est le même et pourtant chacun vit son destin, approche de l'issue fatale, la mort, dans la solitude. La condition humaine…

Le cadre grandiose et rugissant de l'intrigue où évoluent les personnages écrasés par leur condition d'Homme est profondemment ancré dans l'Histoire. Kyo, May, Tchen, le Professeur Gisors, autant des destins parallèles ou convergents, de vie bouleversées. La peur et la souffrance, la mort violente, le sacrifice héroïque, le terrorisme inutile…
Ce roman est ne fresque saisissante du conflit révolutionnaire chinois, de l'absurdité de toute guerre, de la cruauté humaine, de l'ambition des financiers, des tractations politiques et diplomatiques… La barbarie de ces hommes qui torturent et massacrent leurs adversaires, qui brûlent vifs les prisonniers dans la chaudière d'une locomotive hurlante… Le sifflet strident de la locomotive qui vient de « digérer » un combattant immolé… La condition humaine…

Le style de Malraux peut surprendre. Descriptions psychologiques qui révèlent un grand spécialiste de l'âme humaine, thèmes philosophiques omniprésents dans les dialogues des personnages… et une grande liberté de ton, une belle audace d'écrivain qui joue sur les contrastes.
La condition humaine est une lecture marquante. Une invitation à donner enfin un sens à nos destinées bien ternes, en notre époque indifférente aux questions existentielles.

Incipit:

"Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même - de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisin : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés !"

Quelques extraits :

« Les yeux fermés, porté par de grandes ailes immobiles, Gisors contemplais sa solitude : une désolation qui rejoignait le divin en même temps que s'élargissait jusqu'à l'infini ce sillage de sérénité qui recouvrait doucement les profondeurs de la mort »

« Son plaisir jaillissait de ce qu'il se mît à la place de l'autre, c'était clair : de l'autre, contrainte ; contrainte par lui. En somme il ne couchait jamais qu'avec lui-même, mais il ne pouvait y parvenir qu'à la condition de n'être pas seul. »

« 'Il se tuera', pensa Kyo. Il avait assez écouté son père pour savoir que celui qui cherche aussi âprement l'absolu ne le trouve que dans la sensation. Soif d'absolu, soif d'immortalité, donc peur de mourir : Tchen eût dû être lâche ; mais il sentait, comme tout mystique, que son absolu ne pouvait être saisi que dans l'instant. D'où sans doute son dédain de tout ce qui ne tendait pas à l'instant qui le lierait à lui-même dans une possession vertigineuse. De cette forme humaine que Kyo ne voyait même pas, émanait une force aveugle et qui la dominait, l'informe matière dont se fait la fatalité. »

« O prison, lieu où s'arrête le temps - qui continue ailleurs… Non ! C'était dans ce préau séparé de tous par les mitrailleuses, que la Révolution, quel que fût son sort, quel que fût le lieu de sa résurrection, aurait reçu le coup de grâce ; partout où les hommes travaillent dans la peine, dans l'absurdité, dans l'humiliation, on pensait à des condamnés semblables à ceux-là comme les croyants prient ; et, dans la ville, on commençait à aimer ces mourants comme s'ils eussent été déjà des morts… Entre tout ce que cette dernière nuit couvrait de la terre, ce lieu de râles était sans doute le plus lourd d'amour viril. Gémir avec cette foule couchée, rejoindre jusque dans son murmure de plaintes cette souffrance sacrifiée… […] Il aurait combattu pour ce qui, de son temps, aurait été chargé du sens le plus fort et du plus grand espoir ; il mourait, comme chacun de ces hommes couchés, pour avoir donné un sens à sa vie. Qu'eût valu une vie pour laquelle il n'eût pas accepté de mourir ? Il est facile de mourir quand on ne meurt pas seul. Mort saturée de ce chevrotement fraternel, assemblée de vaincus où des multitudes reconnaîtraient leurs martyrs, légende sanglante dont se font les légendes dorées ! Comment, déjà regardé par la mort, ne pas entendre ce murmure de sacrifice humain qui lui criait que le cœur viril des hommes est un refuge à morts qui vaut bien l'esprit ? »

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"Dans un roman, on doit retrouver l'univers de l'écrivain du début à la fin, dans une seule phrase, la première venue."
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