La grande prématurité

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La grande prématurité

Message  Alexandra LD le Mar 2 Nov 2010 - 20:55

Prématurité...c'est à peine si je savais ce que sous-tendait ce mot...

Pourtant, en ce 4 Septembre 2006, je n'oublierai jamais le verdict, franc, impitoyable : "retard de croissance in utero! votre fille est condamnée si on ne la sort pas...". Le monitoring confirme l'urgence, Elina est en souffrance foetale et peut décéder à chaque instant.

C'est l'effondrement, parents, amis, tous sont consternés, on essaie de se rassurer en se disant qu'on pourra gagner quelques semaines mais le lendemain, ma crevette minuscule naît, ébralant à jamais les consciences, renversant tout ce qu'on avait projeté pour elle. Je n'ai même pas atteint les 28 SA.

Pourtant, son papa et moi-même avions tout fait pour que cela se passe bien : arrêt du sport de suite pour moi, pas de charges lourdes et une alimentation stricte, mais c'est un phénomène vicieux qui a frappé, et qui a failli coûter la vie à mon minuscule bébé. Peu d'échanges entre ma fille et moi, le placenta ne joue pas son rôle et a déjà commencé à condamner mon bébé chétif, qui livre un combat sourd et mortel contre un ennemi que sa propre mère a généré.

570 grammes, 29 cm, voila la réalité; mais quand son papa est venu s'y confronter, tenu à l'écart par cette maisonnette de plastique qui garantissait la chaleur maternelle à notre fille, il a tenu bon, courageusement, et en glissant son doigt à l'intéreur du monde d'Elina, elle le lui a attrapé, ne sentant pas la goutte d'eau qui venait de s'échapper de l'oeil de son père...

570 grammes, c'est le bébé le plus petit du service, voire le plus petit que cet hôpital ait jamais reçu. On nous encourage, "elle est tonique, elle a un très bon score d'Apgar", et petit à petit, son papa et moi nous familiarisons aux bruits qui hantent son quotidien. 3 jours après sa naissance, c'est l'arrêt cardiaque, tout bascule, elle le fait sous nos yeux; les chiffres du moniteur sont éloquents, le zéro s'affiche, pourtant son père et moi n'y croyons pas, notre fille vivra, elle ne peut pas s'en aller.

Début Octobre, c'est la délivrance, le service de néonatologie nous attend, Elina est tirée d'affaire, son combat, doublé du notre, est gagné. Larmes dans la famille, tension à son comble de mon côté car quand il faut tenir un mois sans verser une larme pour que son bébé sente la force le sublimer, ce sont des flots qui se déversent par la suite.

2 mois dans ce service plus léger, et la sortie se précise, le 4 Décembre, 3 mois jour pour jour après notre arrivée en catastrophe.

Aujourd'hui, de toute cette histoire, il me reste une amertume, celle d'avoir échoué dans mon rôle de femme enceinte, on m'a amputé de 3 mois de grossesse, ça, je ne pense pas pouvoir l'oublier.

Aujourd'hui, de toute cette histoire, il me reste un mari aimant et incroyable de courage et une petite fille curieuse de tout à qui nous raconterons, un jour, quand nous pourrons regarder les vidéos de ses premiers jours sur terre, son arrivée chaotique.

Aujourd'hui, j'ai envie de dire stop aux '"mais elle est en parfaite santé maintenant!...", c'est tellement facile d'effacer la douleur, mais tellement difficile à comprendre qu'être mère, c'est un processus, et quand un dysfonctionnement enraye la machine, on ne peut pas revenir en arrière et on subit...

Aujourd'hui, enfin, je m'émerveille de chaque progrès de ma fille, elle revient tellement de loin, puisse son parcours réconforter les mamans de prématurissimes, qui, en ce moment même, pleurent un avenir qu'elles pensent compromis. Ne baissez pas les bras, restez aux côtés de votre enfant, il se battra!
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Re: La grande prématurité

Message  Akuryou lighted le Mar 16 Nov 2010 - 16:09

Le texte est touchant. On imagine la souffrance que tu as enduré, bien sûr, elle est bien terne par rapport à la réalité, mais on peut en voir une parcelle. Merci, pour cette lecture et ce message d'espoir Wink.
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Re: La grande prématurité

Message  Pacô le Mar 16 Nov 2010 - 17:03

Je suppose qu'il s'agit d'une histoire vécue ?

Bon, le commentaire qui va suivre ne tient pas compte que tu aies vécu ou non cette histoire et s'il peut paraître un peu abrupt, c'est dans une logique entièrement axé sur la qualité littéraire.

Elina est en souffrance foetale et peut décéder à chaque instant
=> une petite question : elle avait déjà un nom ?

doublé du notre
=> pense à la forme latine (ou espagnole) " nuestro". Quand on sent le "s", c'est que des moines reclus derrière leur écritoire ont du oublier le "s" durant leur long labeur de recopiage au Moyen-Âge. Pour rattraper le coup, ils ont mis le "s" au-dessus du mot... ce qui a donné un accent circonflexe. Donc "nôtre".
(ah, j'aime raconter la vie d'un mot ^^)

on m'a amputé de 3 mois de grossesse
=> accord : amputée
=> il y a quelque chose qui est un peu incohérent dans la construction de ce passage. Si tu veux marquer davantage le fait qu'elle se sente en "échec", que la mère a échoué, il faut retirer l'idée impersonnelle "on" de "on m'a amputé". Généralement, quand on a échoué, on se sent responsable de tout ; ce serait plus crédible de dire : "je me suis amputée de 3 mois de grossesse" un truc dans cet esprit là, tu vois ?

c'est tellement facile d'effacer la douleur, mais tellement difficile à comprendre qu'être mère, c'est un processus, et quand un dysfonctionnement enraye la machine, on ne peut pas revenir en arrière et on subit...
=> compliquée la phrase parce que très entravée par la ponctuation... il te faut recouper selon moi pour que ça paraisse plus fluide.

Dans ce texte, il découle des bons sentiments mais... il est beaucoup trop statique et "mou" pour faire éprouver quelque chose. Pour moi, l'expression n'accompagne pas l'idée et ne favorise pas la profondeur du récit.
C'est un peu dommage...

Cela vient en partie du fait que les phrases sont, pour la plupart, peut être pas assez bien travaillée puisque très "sorties sur le vif". On ne peut pas non plus parler que "sorties sur le vif" soit un style d'écriture, parce que les auteurs qui veulent exprimer le "vif" passent peut être encore plus longtemps sur leurs phrases qu'un auteur qui veut s'exprimer d'une manière très posée et très "littéraire". Tout simplement, parce que le spontanée doit parler à tout le monde - et non uniquement à l'auteur.
De ce fait, il faut au contraire veiller à reconsidérer chacune des phrases et l'ouvrir aux lecteurs. Peut-être suis-je fermé cependant... Wink

Enfin sur le fond, je vais peut-être être tatillon sur le vocabulaire. Déjà, on parle éventuellement plus de "prématuré" que de "prématurité" surtout lorsqu'il s'agit de qualifier un enfant et non l'acte d'être né avant l'heure.
Ensuite, en effectuant quelques recherches, lorsqu'on naît à 28 semaines, le bébé n'est pas considéré dans les prématurés, ni même dans les grands prématurés. Non, il est soumis au titre de "très grand prématuré".
Il y a un site internet qui parle de ça : http://www.gyneweb.fr/sources/obstetrique/andem/chap7.htm
(en fait c'est plus un cours qu'autre chose Razz)

Sinon, on peut évidemment clôturer ce commentaire très puriste et très axé sur le texte en lui même, et ouvrir une discussion sur ton expérience de mère de bébé très grand prématuré? Je ne suis pas moi-même père, donc je peux éventuellement être moins sensible à ce sujet, mais il y a plusieurs mères ici.
Donc si tu veux un peu plus partager, n'hésite pas. Les petits textes divers ont souvent pour but d'évoquer la vie personnelle des membres, d'une manière plus ou moins détournée.

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Re: La grande prématurité

Message  B. le Mer 15 Déc 2010 - 9:21

Moi aussi je suis passée par la case néonat, pour mes jumeaux. Ils sont nés plus tard, par contre, à 31 sa. Ils étaient beaucoup plus gros que ta fille, et c'est ce qui leur a permis de ne pas souffrir de séquelles quelconques. Mais mon fils a fait plusieurs arrêts cardiaques à l'hôpital, et un de retour à la maison. J'ai eu la peur de ma vie. J'en pleure encore quand j'y repense.
Ton texte me touche beaucoup.
Comment va ta fille aujourd'hui ? Elle a un développement normal ? Tu lui feras plein de bisous. Une petite fille, c'est le plus beau trésor de la terre. Je ne dis pas que ce n'est pas le cas d'un garçon, mais pour être honnête, et j'espère ne pas passer pour une mauvaise mère en disant cela, si mes enfants me manquent tous, c'est surtout l'absence de ma fille qui me déchire le plus, en ce moment... Ma fille s'appelle Énola. Very Happy
Enfin.

Alexandra LD a écrit:Prématurité...c'est à peine si je savais ce que sous-tendait ce mot...

Pourtant, en ce 4 septembre 2006, je n'oublierai jamais le verdict, franc, impitoyable : "retard de croissance in utero espace insécable ici ! Votre fille est condamnée si on ne la sort pas...". Le monitoring confirme l'urgence : deux points Elina est en souffrance foetale et peut décéder à chaque instant.

C'est l'effondrement, parents, amis, tous sont consternés, on essaie de se rassurer en se disant qu'on pourra gagner quelques semaines, virgule mais le lendemain, ma crevette minuscule naît, ébranlant à jamais les consciences, renversant tout ce qu'on avait projeté pour elle. Je n'ai même pas atteint les 28 sa.

Pourtant, son papa et moi-même avions tout fait pour que cela se passe bien : arrêt du sport de suite pour moi, pas de charges lourdes et une alimentation stricte, mais c'est un phénomène vicieux qui a frappé, et qui a failli coûter la vie à mon minuscule bébé. Peu d'échanges entre ma fille et moi : deux points le placenta ne joue pas son rôle et a déjà commencé à condamner mon bébé chétif, qui livre un combat sourd et mortel contre un ennemi que sa propre mère a généré.

570 grammes, 29 cm, voilà la réalité; mais quand son papa est venu s'y confronter, tenu à l'écart par cette maisonnette de plastique qui garantissait la chaleur maternelle à notre fille, il a tenu bon, courageusement, et en glissant son doigt à l'intérieur du monde d'Elina, elle le lui a attrapé, ne sentant pas la goutte d'eau qui venait de s'échapper de l'oeil de son père...

570 grammes, c'est le bébé le plus petit du service, voire le plus petit que cet hôpital ait jamais reçu. On nous encourage, "elle est tonique, elle a un très bon score d'Apgar", et petit à petit, son papa et moi nous familiarisons aux bruits qui hantent son quotidien. Trois jours après sa naissance, c'est l'arrêt cardiaque, tout bascule, elle le fait sous nos yeux espace insécable ici ; les chiffres du moniteur sont éloquents, le zéro s'affiche, pourtant son père et moi n'y croyons pas, notre fille vivra, elle ne peut pas s'en aller.

Début octobre, c'est la délivrance, le service de néonatologie nous attend, Elina est tirée d'affaire, son combat, doublé du nôtre, est gagné. Larmes dans la famille, tension à son comble de mon côté car quand il faut tenir un mois sans verser une larme pour que son bébé sente la force le sublimer, ce sont des flots qui se déversent par la suite.

Deux mois dans ce service plus léger, et la sortie se précise, le 4 décembre, trois mois jour pour jour après notre arrivée en catastrophe.

Aujourd'hui, de toute cette histoire, il me reste une amertume, celle d'avoir échoué dans mon rôle de femme enceinte, on m'a amputé de trois mois de grossesse, ça, je ne pense pas pouvoir l'oublier.

Aujourd'hui, de toute cette histoire, il me reste un mari aimant et incroyable de courage et une petite fille curieuse de tout à qui nous raconterons, un jour, quand nous pourrons regarder les vidéos de ses premiers jours sur terre, son arrivée chaotique. >>> en cyan, une répétition qui gagnerait à être modifiée.

Aujourd'hui, j'ai envie de dire stop aux "mais elle est en parfaite santé maintenant espace insécable ici !...". C'est tellement facile d'effacer la douleur, mais tellement difficile à comprendre qu'être mère, c'est un processus, et quand un dysfonctionnement enraye la machine, on ne peut pas revenir en arrière et on subit...

Aujourd'hui, enfin, je m'émerveille de chaque progrès de ma fille, elle revient de tellement loin, puisse son parcours réconforter les mamans de prématurissimes, >>> "les mamans de grands prématurés" qui, en ce moment même, pleurent un avenir qu'elles pensent compromis. Ne baissez pas les bras, restez aux côtés de votre enfant, il se battra espace insécable ici !

As-tu envie d'un nouveau bébé ? J'imagine que la peur de revivre la même expérience doit te freiner un peu...

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Re: La grande prématurité

Message  Alexandra LD le Dim 9 Jan 2011 - 9:53

j'avais pas vu vos réponses et merci de vos corrections Wink je n'ai même pas relu mon texte en fait, il est sorti sur le vif comme cela a été écrit...
C'est effectivement mon histoire et celle de ma fille Elina. J'ai été confrontée à un évènement très compliqué émotionnellement...
Ma fille va très bien merci, elle ne garde aucune séquelle pour l'instant, c'est un vrai miracle...
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Re: La grande prématurité

Message  ferdi le Ven 25 Fév 2011 - 7:58

Alexandra, ton récit m'a vraiment accroché, ému. J'ai senti très vite qu'il est autobiographique et m'a renvoyé à mes souvenirs de père débutant.
Pour un texte écrit d'un seul jet, sans retouches, il a de réelles qualités. Je n'ajouterai rien aux conseils donnés par Barbara et Pacô.
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