Contre le nouvel obscurantisme

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Message  MrSonge le Sam 19 Juin 2010 - 14:32

Contre le nouvel obscurantisme Eb_inter_fin

Deux mots sur l'auteur :

Écrivain, philosophe, romancier, essayiste, traducteur, chroniqueur, Étienne Barilier, né en 1947 à Payerne dans le canton de Vaud, a publié près de quarante ouvrages. Son œuvre est marquée par un idéalisme, une aspiration passionnée à l'universel, une confiance dans les pouvoirs de la raison qui ne doit pas s'opposer au cœur mais en être la meilleure alliée. Son double statut de romancier et d'essayiste permet à Étienne Barilier de naviguer sans cesse d'un point de vue à un autre, du plus conceptuel au plus concret, du plus strictement rationnel au plus passionné, tout en traitant souvent les même thèmes, dont la musique. Parmi ses fictions, on peut signaler Le Chien Tristan, Prague et Le Dixième Ciel, roman historique centré sur la figure de Pic de la Mirandole. Quant à L'Énigme, sous le double signe de l'enquête et de la quête, c'est à la fois un roman d'apprentissage et une fiction sur les origines du christianisme.

L'ouvrage :

C'est contre la barbarie que se soulève Etienne Barilier. Il faut dire que les temps qui courent ne nous laissent pas d'inquiéter : les guerres et les massacres dont l'actualité nous abreuve nous font effectivement douter de la raison humaine. La proliférations de sectes irrationnelles et obscurantistes, la virulence de ces intégrismes qui, sous couvert de religion, veulent nous assujettir à une tyrannie sans merci, la résurgence des idéologies que l'on eût espéré mortes en 1945, le déni des faits scientifiques sous prétexte de « vérité biblique »... tout nous porte à la circonspection : le XXIe siècle, que Malraux annonçait religieux, serait-il un siècle barbare ?

Dans son essai, Barilier dessine les diverses figures de l'antiprogressisme : conception cyclique de l'histoire, nostalgie d'un âge d'or révolu, utopisme irréaliste et doctrines totalitaires se conjuguent encore pour nous tisser des avenirs sombres. Ces idéologies ne sévissent pas seulement dans la marginalité politique ou culturelle : philosophes et sociologues parmi les plus renommés, payent parfois - estime Barilier - leur tribu à l'obscurantisme. On peut peut-être ne pas s'accorder avec le jugement de l'auteur lorsqu'il pose un Levi-Strauss qui affirme, dans Les structures élémentaires de la parenté : « la culture la plus primitive est toujours une culture adulte » en ennemi (inconscient sans aucun doute) du progrès ou lorsqu'il rapproche, en raison d'une conception « magique » de la technique et en dépit de l'énorme distance idéologique et philosophique qui les sépare, Heidegger, penseur de la finitude humaine et Ernst Bloch, philosophe marxiste de l'utopie et de l'espérance. On doit néanmoins reconnaître que la physique contemporaine dresse de l'univers concret un tableau pour le moins étrange : l'univers, dévolu dès l'origine à l'entropie croissante, faisceaux entrelacés d'énergies aux trajectoires incertaines, devient délibérément chaotique, aléatoire et imprévisible.

Imprévisible, fluctuant et irréversible, notre destin semble soumis à l'irrationalité la plus pure. Est-ce en raison de cette inintelligibilité de l'histoire que le recours à l'occultisme dévoyé des diseurs de bonne (ou mauvaise) aventure reste si fréquent ? Faute de prévoir raisonnablement, on prédit déraisonnablement et l'on ne s'étonnera plus si la dernière comète de passage dans nos cieux présage - aux yeux des crédules et aux dires des bonimenteurs - « tribulations et cataclysmes ». 1687 : la comète, qui sera celle de Halley, surgit dans le ciel. P. Bayle contre les interprétations d'astrologues soutient « qu'il ne faut multiplier ni les êtres ni les miracles sans nécessité » et « qu'il ne faut jamais recourir au miracle quand on peut expliquer les choses naturellement ». Au même moment, Newton affirme : « la nature est simple et n'est pas prodigue en cause superflue des choses ». Ce principe d'économie intellectuelle, le fameux "rasoir d'Occam" qui cherche à écarter toute explication causale superflue, demeure un principe fondamental de la science qui sera particulièrement prisé au 18me siècle, lorsque les philosophes écarteront Dieu de l'explication causale des phénomènes. Bien plus qu'un simple principe d'économie, le rasoir d'Occam « nous délivre des simulacres » affirme Barillier, qui nous égareraient sur les chemins de l'illusion où le « paraître se substitue à l'être ». Toutefois, il s'agit moins de nier Dieu que de refuser le prétexte théologique pour justifier un « refus obtus de la science » : un dieu qui se situerait, miraculeusement, en dehors de la raison et du connaissable, ferait preuve d'insincérité et «l'idée d'un être fantôme, doublant l'être qui se propose à nos sens et à notre raison, mais qui serait en même temps plus réel que le réel, est une idée qui s'abolit à peine exprimée »

Tonique, lucide et très accessible, l'ouvrage de Barillier a le grand mérite de mesurer les enjeux de notre temps. Nous sommes, comme il le conclut à la fin de son essai, face à la barbarie (aussi bien celle des fanatiques religieux ou politiques que celle - plus doucâtre mais non moins délétère - des religiosités et des superstitions). Croire qu'un dialogue serein ou que le relativisme tolérant de l'Occident suffirait pour juguler le mal est vain, user de violence et de force ne fait qu'étendre, au sein de la démocratie, le règne de la barbarie en leur donnant l'aura du martyre... il ne nous reste dès lors que cette arme dont Barillier use avec brio (non sans céder parfois à la tentation de brosser trop rapidement telle ou telle pensée, telle ou telle argumentation, ou telle ou telle œuvre philosophique), à savoir l'arme philosophique par excellence : ce doute radical, le soupçon, ce « rasoir » - émondoir, cisaille, serpe, sécateur ou tronconneuse selon les cas - épistémomogique qui nous permet d'émonder, pour le plus grand bien des jardins de la pensée, les branches gâtées de la déraison.

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Message  domingo le Sam 19 Juin 2010 - 14:41

Merci Mr. Songe, je vais voir si je le trouve en PDF !
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