Au bon roman

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Message  MrSonge le Lun 15 Juin 2009 - 18:21

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Au bon roman Cosse

Deux mots sur l'auteur :

Laurence Cossé (née en 1950 à Boulogne-Billancourt) est un écrivain français, auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre.
Si divers qu’en soient les sujets et les genres (récit initiatique, roman d’amour, critique sociale ou fable explicitement politique), les romans de Laurence Cossé ont en commun de traiter tous la question du pouvoir. Chacun explore une des modalité du pouvoir. Les Chambres du Sud, tableau d’une enfance amorale et fiévreuse, est surtout l’expression d’un rapport violent au principe de réalité et à l’ordre social. 18h35 : Grand Bonheur et Un Frère, au-delà de leurs intrigues romanesques, ont pour sujet même le jeu social et la transgression de ses règles, les mécanismes d’exclusion et leurs possibles contrepoids. Ironie pour la chose sociale, compassion pour les personnes, c’est aussi le ton du Coin du voile, roman de religion-fiction puisqu’il pose que la preuve de l’existence de Dieu est faite, mais surtout fable politique car il détaille l’effet de choc qui s’ensuit dans les cercles du pouvoir. La Femme du premier ministre, portrait du pur amour sous les traits d’un personnage de l’histoire, la femme du grand Choiseul, est aussi le portrait de l’homme de pouvoir éternel : « Une femme aimait un homme qui aimait le pouvoir ». Le Mobilier national, à propos du statut du patrimoine architectural dans une démocratie moderne, s’intéresse en fait au pouvoir comme fantasme. Le 31 du mois d’août revient sur le délire journalistique consécutif à la mort de Lady Di pour y nicher une fiction sur la brutalité du pouvoir médiatique. Au bon roman, enfin, a pour sujet de fond le tout puissant complexe culturo-commercial qui a instauré la démagogie culturelle en système dans les sociétés modernes.

Idée générale :

L'auteur imagine la naissance à Paris d'une librairie originale, dont les livres sont choisis exclusivement en fonction de leur valeur littéraire et sans aucune attention portée aux exigences commerciales. Cette librairie où l'on ne trouve « que des bons romans » est créée par une mécène (Francesca Aldo-Valbelli) et un libraire (Ivan Georg) tous deux passionnés de littérature, et souhaitant réagir à la profusion de romans sans grande valeur littéraire. Le ressort principal de l'intrigue est l'opposition violente que suscite cette entreprise en apparence inoffensive.

Résumé de l'intrigue :

Ivan Georg (prononcer Gé-orgue) et Francesca Aldo-Valbelli épouse Doutremont s'associent un jour pour ouvrir une librairie très spécialisée : Au bon roman. Leur credo est simple, voir naïf : "L'important n'est pas que nous ayons tous les bons romans, mais que nous n'ayons que des bons romans. ". Pour les choisir, ils fondent un comité constitué de huit écrivains auxquels ils demandent le secret absolu. Ces derniers ne connaissent pas l'identité des autres, et communiquent avec nos libraires sous pseudo. Chacun remet sa liste de six cent bons romans, tous sont achetés, les listes étant réactualisées chaque année.
Le succès est immédiatement au rendez-vous. Mais très vite, les attaques virulentes commencent, sur tous les flancs : totalitarisme, librairie bourge, kapos, élitisme, forfanterie,"d'où parlent-ils ?". On s'en prend rapidement aux personnes, avec de basses calomnies, puis, plus grave, quelques membres du comité sont identifiés et molestés. Il faut alors se résoudre à contacter la police...
En d'autres termes et en très rapide ça donne cela, pour le fond :
1. Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit.
2. Une très jolie blonde rodée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche.
3. Un Breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre.
Mélangez le tout et vous obtenez un très bon polar. Oui mais .....
Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres : un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher.

Les thèmes de ce roman :

Après Le Mobilier national (où un haut-fonctionnaire du ministère de la culture cherchait à détruire celle des cathédrales françaises qu'il avait jugées sans valeur esthétique, afin de diminuer le coût qu'elles font peser sur les finances publiques), c'est le second roman de Laurence Cossé abordant la problématique du relativisme esthétique dans les sociétés démocratiques contemporaines.
Cette similitude se redouble d'ailleurs d'un parallélisme dans le schéma actantiel : le personnage de Francesca Aldo-Valbelli présente de nombreuses ressemblances avec celui de Benita Chancel-Ibáñez dans Le Mobilier national.
L'analyse critique du pouvoir médiatique est également un des thèmes importants du roman, déjà présent dans un ouvrage précédent de Laurence Cossé.

Structure du roman :

Au bon roman est écrit à la première personne, selon une narration de type homodiégétique, où le personnage qui raconte ne joue pas un rôle de premier plan dans les événements racontés.
En outre, la structure du roman est largement fondée sur un procédé de type métadiégétique consistant à enchâsser un récit dans le récit : la narration commence à un moment assez avancé dans l'histoire racontée (novembre 2005, alors que l'histoire débute véritablement en décembre 2003) ; mais à partir du chapitre 12 débute le récit (fait par Francesca et Ivan au commissaire de police Heffner) des origines de la librairie Au Bon Roman. Cependant ce procédé est utilisé avec souplesse : la nature de « narration dans la narration » de ce récit des origines de la librairie tend parfois à devenir invisible, ce dont l'auteur joue souvent pour produire des effets poétiques.
Dans cette narration secondaire s'insèrent par ailleurs plusieurs lettres, comme celles de la correspondance entre Van et Anis au chapitre 19.

Mon avis :
Evidemment, vous pensez bien qu'avec un bouquin comme ça, moi je suis aux anges ! ^^
Ce roman est une bombe qui va en ruiner plus d'un(e). Non content d'évoquer à tour de bras des oeuvres toutes plus alléchantes les unes que les autres, il parle de la lecture avec des passages rien moins que merveilleux. Je détaille quelque peu, tant pis pour la longueur, il y a tant à dire !
Je l'ai déjà dit, Laurence Cossé s'intéresse dans tous ses livres au pouvoir, sous toutes ses formes. C'est pourquoi ici elle n'a cité aucun écrivain en position de pouvoir (appartenant à un organe de presse, un jury etc.)
Le moment-clé ou les attaques se déchaînent contre la librairie m'a plongée dans des abîmes de réflexion. Des passages comme celui qui suit m'ont fait danser la carmagnole sur mon bureau xD :

"L'idée était qu'on ne peut pas opposer littérature populaire et littérature élitiste, qu'il est même sans intérêt de vouloir les distinguer, outre que c'est bien difficile. L'une et l'autre comptant quantité de livres anodins et quelques chefs-d'oeuvre, la seule distinction qui vaille consiste à promouvoir les grands livres, dont certains sont très simples et d'autres difficiles.

- Puisqu'il s'agit de vous défendre, ajouta Delvaux, si vous le permettez, j'irai plus loin. Je voudrais écrire qu'à l'inverse, traiter les livres médiocres à l'égal des bons, et tout offrir comme si tout se valait, a beaucoup à voir avec le mépris, car c'est de la démagogie. Et la démagogie postule que le commun sera toujours le commun."

Et puis un passage extraordinaire, signé de la main de Francesca, en réponse à l'atroce diffamation dont elle est victime, que je ne peux reproduire dans son intégralité car il est long, et signifiant (il faut avoir lu le reste pour en saisir les portées intimes). Mais quelques extraits, comme "Nous voulons des livres nécessaires, des livres qu'on puisse lire le lendemain d'un enterrement, quand on n'a plus de larmes tant on a pleuré, qu'on ne tient plus debout, calciné que l'on est par la souffrance;" "Nous voulons des livres écrits pour nous qui doutons de tout, qui pleurons pour un rien, qui sursautons au moindre bruit derrière nous." " Nous voulons des livres splendides qui nous plongent dans la splendeur du réel et qui nous y tiennent;" "Nous voulons des romans bons."...

Et enfin, il y a l'amour des livres, de la littérature. Tout court. C'est à travers la belle utopie du Bon Roman, une librairie de rêve et faite pour rêver, qu'on retrouve ce sentiment qui nous entraîne vers un être ou une chose.
En bref, c'est un bon roman, oui un très bon roman digne de ce nom.

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"Dans un roman, on doit retrouver l'univers de l'écrivain du début à la fin, dans une seule phrase, la première venue."
(M-E Nabe)

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