Un Goût Amer

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Message  MrSonge le Dim 30 Nov 2008 - 19:04

Je ne sais pas si c'est très catholique de poster deux romans à la fois, mais j'ai mis mes Liens du Sang en veilleuse car j'en ai envoyé la première moitié à mon oncle et j'attends son verdict pour mettre courageusement la main à la seconde partie.
(Mais je vous en mettrais encore des bouts, pour ceux qui se rongent d'inquiétude, parce que je n'ai pas encore posté tout ce que j'ai rédigé pour le moment. Very Happy)

Bref ! Tout cela pour dire que je me permets de poster aussi un roman plus court, dans un style assez différent qui est en phase de fignolage/retravaillement/amélioration/paufineage.
Si je commence à vous soûler avec mes travaux, dites-le moi, je me tiendrais coi pendant un moment. Razz

Un Goût Amer

Chapitre Premier


Nicéphor Fabergé alluma le poste de télévision.
Le générique fit rapidement place à un plateau scintillant de lumières bleues et blanches. Au centre ce trouvait une longue table rectangulaire sur laquelle apparaissaient par intermittences les noms des différents invités. Le présentateur, au sourire étincelant et à la mise aussi impersonnelle que tape-à-l'oeil, était installé à la place d'honneur, face à la caméra. Les six invités étaient placés par trois de chaque côté de la table. Le fond du plateau était constitué d'un écran qui diffusait des images de bords de mer au clair de lune, et sur lequel passait chaque minute une photographie particulièrement fade d'un invité.
Après quelques secondes, Bernard Rubier, le présentateur, prit la parole et présenta les invités de l'émission. Il y avait quatre hommes et deux femmes : trois écrivains, un journaliste au Figaro et une politicienne. Mieux vêtus les uns que les autres, chacun tentait de trouver la pose la plus avantageuse et de ce fait la plus artificielle possible lorsque la caméra le fixait, tandis que Rubier déblatérait d'une voix aux inflexions doucereuses un bref résumé de leur biographie. Massacrant toutes les règles de liaisons de la langue française, il s'arrêta finalement sur l'homme qui était assis à sa droite et qu'il avait présenté comme étant un écrivain à succès répondant au nom d'Abel Bouvard. Extirpant un volumineux ouvrage de la pile de livres qui avait été placée sur le bord de la table, à portée de son bras, il en montra aux spectateurs la hideuse couverture et rappela que ce roman était en librairies depuis deux jours seulement mais qu'il semblait d'ores et déjà vouloir se hisser au sommet de la liste des meilleures ventes.
Au-dessus d'une informe représentation de la terre vue de l'espace et posée sur une damier géant, le nom de l'auteur s'étalait prétentieusement en caractères en reliefs sur toute la moitié supérieure de la couverture, dissimulant presque le titre: Jeu de Rôle.
Après avoir reposé le livre devant lui, le présentateur débuta l'entretien en en résumant l'histoire. L'auteur avait imaginé une situation dans laquelle Dieu, lassé des doléances incessantes de la race humaine, aurait décidé de laisser les hommes se débrouiller par eux-mêmes pour qu'ils comprennent enfin la difficulté et la complexité de sa tâche. Dès lors, le pouvoir religieux s'était écroulé, car l'Homme, qui avait pris conscience de l'inexistence, ou plutôt de la démission de Dieu, ne cherchait plus aucun appuis spirituel.
« Vous êtes, nous le savons tous, continua ensuite Bernard Rubier, un auteur très apprécié des adolescents - mais pas uniquement. Comment expliquez-vous ce succès qui ne s'est pratiquement pas démenti au fil de vos huit livres ? »
Après une courte hésitation et une brève inspiration, Abel Bouvard changea de position et répondit de sa voix fluette légèrement teintée d'un désagréable accent indéfini qu'il estimait tout simplement avoir offert aux lecteurs lassés des classiques poussiéreux et des tournures stylistiques absconses et prétendument artistiques une nouvelle forme de rêve. En écrivant des livres dans lesquels on trouvait de l'action, des décors grandioses, Bouvard expliqua qu'il avait pensait avoir réussi à offrir une forme de littérature qui s'adressait plus au lecteur d'aujourd'hui, friand de rebondissements surprenants, d'intrigues captivante, qu'aux critiques obtus qui semblaient prendre plaisir à se scléroser dans des lectures alambiquées incapables de répondre aux besoins et aux envies du public actuel.
« A ce propos, enchaîna le présentateur, on vous reproche souvent votre manque de style. Un critique littéraire du Figaro a même été jusqu'à écrire à propos de votre dernier roman, La Fleur du Paradis :

Les romans de monsieur Bouvard sont écrit à la truelle, de façon à minimiser considérablement l'effort intellectuel que le lecteur aura à fournir tout au long du texte. Cet ouvrage n'a aucune finalité esthétique et au fil de ses trop nombreuses pages je n'ai, hélas, relevé que très peu de phrases sur lesquelles on ait envie de s'arrêter.

- C'est en effet, répondit-il, l'explication qu'ont trouvé certains critiques parisiens à ce qu'ils ont vu comme une absence de style. Je dirais plutôt que j'ai simplement décidé d'écrire de la façon la plus claire possible, en allant droit au but, sans fioritures. C'est, en soit, un choix artistique que d'avoir un récit simple pour ne pas ennuyer le lecteur. Car c'est mon souci principal, il ne faut pas que mon lecteur s'ennuie et c'est pourquoi je met un point d'honneur à essayer, du mieux que je peux, de le surprendre le plus souvent possible.
- Vous ne cherchez donc pas à «faire du style» ?
- Absolument pas, approuva catégoriquement Bouvard. Je ne comprends pas pourquoi il existe dans le milieu littéraire cette orthodoxie du style. Je ne cherche pas à impressionner le lecteur par mes belles tournures de phrases ou à l'inciter à chercher un dictionnaire pour saisir la beauté d'une seule phrase. Je privilégie avant tout les idées et non le style, l'histoire et non l'enveloppe formelle. »
La caméra changea de place et quitta Bouvard pour se promener quelques instants sur les visages immobiles des autres invités, puis se fixa sur le présentateur qui expliquait maintenant qu'il était connu que de nombreux lecteurs des romans de Bouvard s'étaient réconciliés avec la lecture grâce à lui et ne lisaient pas avant la découverte de cet auteur.
Ce dernier répondit en affichant un sourire qui semblait être un rictus de satisfaction qu'il pensait en effet être un auteur marginal et donc que la plupart de ses lecteurs l'était aussi. Il affirma une fois encore qu'il incarnait sans doute une forme de littérature qui offrait autre chose que des ouvrages rébarbatifs dans lesquelles l'action est lente et le lecteur s'ennuie irrémédiablement.
L'écran du poste de télévision affichait maintenant un plan large du plateau. Il prit ensuite Abel Bouvard et le présentateur par la gauche, laissant ainsi au spectateur tout le loisir d'admirer le dos de trois des invités. Par un jeu de miroir classique, un quart de la paroi du fond de la salle était occupé par le reflet de l'écrivain qui lissait sa chevelure brune ondulée du plat de la main. Lorsqu'il expliqua ensuite que son éditeur l'avait averti de l'impossibilité de plaire à la fois à la critique et aux lecteurs, la caméra adopta un angle de vue panoramique.
« Ce n'est pas parce que j'ai un nombre de lecteur élevé et que je figure dans la liste des meilleures ventes que je suis un auteur commercial, argua Bouvard. Je n'écris pas pour vendre mais simplement dans le but, comme tout artisan, de créer quelque chose de neuf, d'avancer dans une recherche de la perfection que je ne mènerais sans doute jamais à son terme.
- C'est justement là où je voulais en venir. La critique a souvent vitupéré contre vous en arguant parfois qu'un journaliste de Gala a d'avantage de style que... »
Nicéphor Fabergé ne laissa pas le présentateur aller plus avant. Il éteignit la télévision d'un geste nerveux et posa la télécommande sur le guéridon placé près de son fauteuil.
Les trois solécismes qu'avait lancés en rafale Rubier aux centaines de téléspectateurs qui regardaient son émission n'en firent tressaillir qu'un seul. Que cet inculte étrillât scrupuleusement les liaisons n'avait pas manqué d'exaspérer Fabergé, mais qu'il s'attelât de surcroît avec abnégation à martyriser consciencieusement la syntaxe lui fut insupportable.
Sans quitter des yeux le poste à présent silencieux, il alluma d'un geste lent sa chaîne stéréo, qu'il avait à portée de main. Les premières notes du seizième quatuor de Beethoven s'échappèrent des hauts-parleurs pour envelopper progressivement Fabergé qui semblait lentement se détendre, laisser son âme toute entière se diluer dans le flot bienfaiteur des sons produits par les quatre archets. Ulcéré par les propos que tenait Abel Bouvard dans cette émission prétendument culturelle, il se laissa pénétrer tout entier par cette musique divine qui l'éloignait un peu plus à chaque nouvelle mesure d'un des représentants les plus significatifs d'une catégorie d'écrivains qu'il abominait particulièrement. Lorsque s'éteignirent les derniers sentiments de colère, d'indignation et de désolation qu'avait fait naître en lui la vision du début de cette émission télévisée, il se leva sans hâte et se dirigea vers une fenêtre qui donnait sur la rue. A l'extérieur, le ciel était déjà noir et les lumières de Paris semblaient tenter vainement de rivaliser avec l'éclat des myriades d'étoiles qui formaient comme un collier nocturne dont les perles se serraient dénouées du cou d'une quelconque divinité nocturne. Au loin, il pouvait distinguer la silhouette lumineuse de la Tour Eiffel qui couronnait à la manière d'un diadème effilé l'enchevêtrement compact des toits parisiens si souvent immortalisé par les peintres. Le bruit des automobiles lui parvenait affaibli, comme si ce n'était pas sous sa fenêtre qu'elles faisaient vrombir leur moteurs mais à plusieurs centaines de mètres de son appartement, dans un autre quartier, peut-être même sur l'autre rive.
Un craquement du parquet antédiluvien qui tapissait le sol de son salon le fit se retourner lentement. Son épouse, Aurore, une jeune femme aux cheveux ondulés aussi noir que ses yeux et au nez légèrement retroussé, qui disparaissait à moitié dans un pull-over trop grand pour elle, venait d'entrer dans la pièce. Elle tâtonna quelques instants près de la porte puis trouva l'interrupteur du plafonnier qu'elle actionna, obligeant son mari, ébloui par la lumière trop blanche, à ciller plusieurs fois. Elle avança dans la pièce et s'arrêta à la hauteur d'une table ronde en bois de cerisier, recouverte de feuilles de papier noircies de vingt écritures manuscrites différentes, éparses et dont certaines étaient agrafées à quelques autres. Aurore passa lentement le doigt sur quelques-unes de ces copies, penchant légèrement la tête pour déchiffrer les remarques rédigées dans les marges, à l'encre rouge.
« Les rédactions de ma terminale, expliqua Nicéphor sans s'éloigner de la fenêtre. Sur le sujet :

Ce qui vient du coeur peut s'écrire, mais non ce qui est le coeur lui-même.

- C'est de Musset ? »
Le jeune homme opina de la tête, en silence, avant d'ajouter qu'il n'avait pas terminé toutes les corrections. Sa voix semblait uniquement destinée à susurrer les choses mais sa diction était si claire, si limpide et si calme que son interlocuteur, aussi éloigné qu'il fut placé, comprenait chaque mot. Il ne haussait la voix que lorsqu'il était sous l'emprise d'une émotion violente, que ce fut une joie intense ou une colère noire. Le reste du temps, ses discours semblaient faits d'une longue suite d'apartés et de confidences, qu'il faisait peut-être plus à lui-même qu'aux autres.
« Tu as gardé celle de Clairambault pour la fin, comme d'habitude ? demanda Aurore sur un ton presque affirmatif.
- Oui, répondit son mari. Cela me redonne espoir.
Il se détourna lentement de la fenêtre et s'approcha de la table, s'y assit et se saisit d'un stylographe rouge qu'il avait laissé débouché plus tôt dans la soirée.
- Je vais d'ailleurs m'y remettre, il faut que je les rende demain.
- Elles sont comment, cette fois-ci ?
Fabergé ne répondit pas. Il se contenta de lui tendre trois groupes de feuilles agrafées, en haut desquelles était tracé un grand 8/20 à l'encre rouge. En les reposant sur la pile qu'il venait de faire, décidé à mettre un peu d'ordre dans les copies de ses élèves, il ajouta qu'elles étaient à peu près toutes pareilles, la meilleure méritant pour l'instant la médiocre note de douze sur vingt.
« J'ai relevé un record de sept solécismes, deux barbarismes et une vingtaine de fautes d'orthographe grammaticale sur une seule page. - Cela c'est la forme, mais qu'est-ce que vaut le contenu ? demanda Aurore en s'asseyant à côté de son mari.
- Il vaut les notes que je leur ai mises. Autant dire pas grand-chose, j'ai l'impression qu'ils atteignent tout juste le niveau qu'ils auraient dût avoir en troisième. Mais le plus affligeant, c'est que j'en ai vu au moins dix aller chercher dans le dictionnaire qui était Musset. »
Nicéphor Fabergé se tut et demeura quelques instants immobile, le regard perdu dans le vague. Il se lança ensuite dans la correction de l'ultime rédaction, celle de son élève le plus doué, un grand garçon au long corps étique, qui avait doublé sa seconde à cause de sa moyenne catastrophique en mathématiques et qui répondait au nom de Philémon Clairambault.
Un peu moins d'une heure plus tard, lorsque Fabergé glissa soigneusement la liasse de copies de son porte-documents noir, celle du jeune homme était couronnée d'un 18/20 souligné de trois fins traits incarnats.


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Message  Pacô le Dim 30 Nov 2008 - 20:34

MrSonge a écrit:J
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Chapitre Premier

Nicéphor Fabergé alluma le poste de télévision.
Le générique fit rapidement place à un plateau scintillant de lumières bleues et blanches. Au centre se trouvait une longue table rectangulaire sur laquelle apparaissaient, par intermittences, les noms des différents invités. Le présentateur, au sourire étincelant (charmeur) et à la mise aussi impersonnelle que tape-à-l'oeil, était installé en bout de table, face à la caméra. Les six invités étaient placés par trois de chaque côté de la table (veille à reformuler, il y a trop le mot "table"). Le fond du plateau était constitué d'un écran qui diffusait des images de bords de mer au clair de lune, et sur lequel passait chaque minute une photographie particulièrement fade d'un invité.
Après quelques secondes, Bernard Rubier, le présentateur, prit la parole et présenta les invités de l'émission. Il y avait quatre hommes et deux femmes : trois écrivains, un journaliste au Figaro et une politicienne. Mieux vêtus les uns que les autres, chacun tentait de trouver la pose la plus avantageuse et de ce fait la plus artificielle possible lorsque la caméra le fixait, tandis que Rubier déblatérait d'une voix aux inflexions doucereuses un bref résumé de leur biographie. Massacrant toutes les règles de liaisons de la langue française, il s'arrêta finalement sur l'homme qui était assis à sa droite et qu'il avait présenté comme étant un écrivain à succès répondant au nom d'Abel Bouvard. Extirpant un volumineux ouvrage de la pile de livres qui avait été placée sur le bord de la table, à portée de son bras, il en montra aux spectateurs la hideuse couverture et rappela que ce roman était en librairies depuis deux jours seulement mais qu'il semblait d'ores et déjà vouloir se hisser au sommet de la liste des meilleures ventes.
Au-dessus d'une informe représentation de la terre vue de l'espace et posée sur un damier géant, le nom de l'auteur s'étalait prétentieusement en caractères en relief sur toute la moitié supérieure de la couverture, dissimulant presque le titre: Jeu de Rôle.
Après avoir reposé le livre devant lui, le présentateur débuta l'entretien en en résumant l'histoire. L'auteur avait imaginé une situation dans laquelle Dieu, lassé des doléances incessantes de la race humaine, aurait décidé de laisser les hommes se débrouiller par eux-mêmes pour qu'ils comprennent enfin la difficulté et la complexité de sa tâche. Dès lors, le pouvoir religieux s'était écroulé, car l'Homme, qui avait pris conscience de l'inexistence, ou plutôt de la démission de Dieu, ne cherchait plus aucun appui spirituel.
« Vous êtes, nous le savons tous, continua ensuite Bernard Rubier, un auteur très apprécié des adolescents - mais pas uniquement. Comment expliquez-vous ce succès qui ne s'est pratiquement pas démenti ("qui n'a pratiquement jamais été démenti") au fil de vos huit livres ? »
Après une courte hésitation et une brève inspiration, Abel Bouvard changea de position et répondit de sa voix fluette légèrement teintée d'un désagréable accent indéfini qu'il estimait tout simplement avoir offert aux lecteurs lassés des classiques poussiéreux et des tournures stylistiques absconses et prétendument artistiques une nouvelle forme de rêve. En écrivant des livres dans lesquels on trouvait de l'action, des décors grandioses, Bouvard expliqua qu'il avait pensait avoir réussi à offrir une forme de littérature qui s'adressait plus au lecteur d'aujourd'hui, friand de rebondissements surprenants, d'intrigues captivantes, qu'aux critiques obtus qui semblaient prendre plaisir à se scléroser dans des lectures alambiquées incapables de répondre aux besoins et aux envies du public actuel.
Je suis désolé de n'en corriger qu'un petit morceau ce soir. Mais il y a la mise en placedu design qui va m'accaparer pas mal de temps Embarassed.
On reconnait très bien ton style Laughing. J'ai cru au début que tu aurais employé un autre vocabulaire que "Les liens du Sang", mais finalement non. Ce n'est pas un reproche, juste une remarque ^^'.
Enfin voilà, voilà... jsuis vraiment confus de pas pouvoir faire plus. J'espère avant de partir que j'pourrais compléter Wink.

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Message  MrSonge le Dim 30 Nov 2008 - 20:41

Pas de soucis, j'ai une semaine d'intense et d'acharné travail scolaire qui s'annonce, je ne suis donc pas le moins du monde pressé ! Razz
De plus je me réjouis de voir le design en "vrai" donc tu es doublement excusé.
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Message  Pacô le Dim 7 Déc 2008 - 19:40

MrSonge a écrit:
« A ce propos, enchaîna le présentateur, on vous reproche souvent votre manque de style. Un critique littéraire du Figaro a même été jusqu'à écrire à propos de votre dernier roman, La Fleur du Paradis :

Les romans de monsieur Bouvard sont écrits à la truelle, de façon à minimiser considérablement l'effort intellectuel que le lecteur aura à fournir tout au long du texte. Cet ouvrage n'a aucune finalité esthétique et au fil de ses trop nombreuses pages je n'ai, hélas, relevé que très peu de phrases sur lesquelles on ait envie de s'arrêter.

- C'est en effet, répondit-il, l'explication qu'ont trouvé certains critiques parisiens à ce qu'ils ont vu comme une absence de style. Je dirais plutôt que j'ai simplement décidé d'écrire de la façon la plus claire possible, en allant droit au but, sans fioriture. C'est, en soit, un choix artistique que d'avoir un récit simple pour ne pas ennuyer le lecteur. Car c'est mon souci principal, il ne faut pas que mon lecteur s'ennuie et c'est pourquoi je mets un point d'honneur à essayer, du mieux que je peux, de le surprendre le plus souvent possible.
- Vous ne cherchez donc pas à «faire du style» ?
- Absolument pas, approuva catégoriquement Bouvard. Je ne comprends pas pourquoi il existe dans le milieu littéraire cette orthodoxie du style. Je ne cherche pas à impressionner le lecteur par mes belles tournures de phrases ou à l'inciter à chercher un dictionnaire pour saisir la beauté d'une seule phrase. Je privilégie avant tout les idées et non le style, l'histoire et non l'enveloppe formelle. »
La caméra changea de place et quitta Bouvard pour se promener quelques instants sur les visages immobiles des autres invités, puis se fixa sur le présentateur qui expliquait maintenant qu'il était connu que de nombreux lecteurs des romans de Bouvard s'étaient réconciliés avec la lecture grâce à lui et ne lisaient pas avant la découverte de cet auteur. (s'ils se sont réconciliés, ça coule de source cette phrase...)
Ce dernier répondit, en affichant un sourire qui semblait être un rictus de satisfaction, qu'il pensait en effet être un auteur marginal et donc que la plupart de ses lecteurs l'était aussi. Il affirma une fois encore qu'il incarnait sans doute une forme de littérature qui offrait autre chose que des ouvrages rébarbatifs dans lesquelles l'action est lente et le lecteur s'ennuie irrémédiablement.
L'écran du poste de télévision affichait (répétition) maintenant un plan large du plateau. Il prit (ce n'est pas vraiment l'écran qui les prend, mais le caméraman) ensuite Abel Bouvard et le présentateur par la gauche, laissant ainsi aux spectateurs tout le loisir d'admirer le dos de trois des invités. Par un jeu de miroirs classique (c'est le jeu qui est classique ou les miroirs?), un quart de la paroi du fond de la salle était occupé par le reflet de l'écrivain qui lissait sa chevelure brune ondulée du plat de la main. Lorsqu'il expliqua ensuite que son éditeur l'avait averti de l'impossibilité de plaire à la fois à la critique et aux lecteurs, la caméra adopta un angle de vue panoramique.
« Ce n'est pas parce que j'ai un nombre de lecteurs élevé et que je figure dans la liste des meilleures ventes que je suis un auteur commercial, argua Bouvard. Je n'écris pas pour vendre mais simplement dans le but, comme tout artisan, de créer quelque chose de neuf, d'avancer dans une recherche de la perfection que je ne mènerais sans doute jamais à son terme.
- C'est justement là où je voulais en venir. La critique a souvent vitupéré contre vous en arguant (argumentant) parfois qu'un journaliste de Gala a d'avantage de style que... »
Nicéphor Fabergé (bizarre comme nom...) ne laissa pas le présentateur aller plus avant. Il éteignit la télévision d'un geste nerveux et posa la télécommande sur le guéridon placé près de son fauteuil.
Les trois solécismes qu'avait lancés en rafale Rubier aux centaines de téléspectateurs qui regardaient son émission n'en firent tressaillir qu'un seul. Que cet inculte étrillât scrupuleusement les liaisons n'avait pas manqué d'exaspérer Fabergé, mais qu'il s'attelât de surcroît avec abnégation à martyriser consciencieusement la syntaxe lui fut insupportable.
Sans quitter des yeux le poste à présent silencieux, il alluma d'un geste lent sa chaîne stéréo, qu'il avait à portée de main. Les premières notes du seizième quatuor de Beethoven s'échappèrent des hauts-parleurs pour envelopper progressivement Fabergé qui semblait lentement se détendre, laisser son âme toute entière se diluer dans le flot bienfaiteur des sons produits par les quatre archets. (on retrouve ton amour pour la musique...) Ulcéré par les propos que tenait Abel Bouvard dans cette émission prétendument culturelle, il se laissa pénétrer tout entier par cette musique divine qui l'éloignait un peu plus à chaque nouvelle mesure de l'un des représentants les plus significatifs d'une catégorie d'écrivains qu'il abominait particulièrement. Lorsque s'éteignirent les derniers sentiments de colère, d'indignation et de désolation qu'avait faits naître en lui la vision du début de cette émission télévisée, il se leva sans hâte et se dirigea vers une fenêtre qui donnait sur la rue. A l'extérieur, le ciel était déjà noir et les lumières de Paris semblaient tenter vainement de rivaliser avec l'éclat des myriades d'étoiles qui formaient comme un collier nocturne dont les perles se seraient dénouées du cou d'une quelconque divinité nocturne. Au loin, il pouvait distinguer la silhouette lumineuse de la Tour Eiffel qui couronnait à la manière d'un diadème effilé l'enchevêtrement compact des toits parisiens si souvent immortalisés par les peintres. Le bruit des automobiles lui parvenait affaibli, comme si ce n'était pas sous sa fenêtre qu'elles faisaient vrombir leur moteurs mais à plusieurs centaines de mètres de son appartement, dans un autre quartier, peut-être même sur l'autre rive.
Un craquement du parquet antédiluvien qui tapissait le sol de son salon le fit se retourner lentement. Son épouse, Aurore, une jeune femme aux cheveux ondulés aussi noir que ses yeux (mais on peut difficilement se les représenter vu qu'on ne sait pas si ses yeux sont bcp noirs ou pas ^^) et au nez légèrement retroussé, qui disparaissait à moitié dans un pull-over trop grand pour elle, venait d'entrer dans la pièce. Elle tâtonna quelques instants près de la porte puis trouva l'interrupteur du plafonnier qu'elle actionna, obligeant son mari, ébloui par la lumière trop blanche, à ciller plusieurs fois. Elle avança dans la pièce et s'arrêta à la hauteur d'une table ronde en bois de cerisier, recouverte de feuilles de papier noircies de vingt écritures manuscrites différentes, éparses et dont certaines étaient agrafées à quelques autres. Aurore passa lentement le doigt sur quelques-unes de ces copies, penchant légèrement la tête pour déchiffrer les remarques rédigées dans les marges, à l'encre rouge.
« Les rédactions de ma (classe de) terminale, expliqua Nicéphor sans s'éloigner de la fenêtre. Sur le sujet :

Ce qui vient du cœur peut s'écrire, mais non ce qui est le cœur lui-même.

- C'est de Musset ? »
Le jeune homme opina de la tête, en silence, avant d'ajouter qu'il n'avait pas terminé toutes les corrections. Sa voix semblait uniquement destinée à susurrer les choses mais sa diction était si claire, si limpide et si calme que son interlocuteur, aussi éloigné qu'il fût placé, comprenait chaque mot. Il ne haussait la voix que lorsqu'il était sous l'emprise d'une émotion violente, que ce fut une joie intense ou une colère noire. Le reste du temps, ses discours semblaient faits d'une longue suite d'apartés et de confidences, qu'il faisait peut-être plus à lui-même qu'aux autres.
« Tu as gardé celle de Clairambault pour la fin, comme d'habitude ? demanda Aurore sur un ton presque affirmatif.
- Oui, répondit son mari. Cela me redonne espoir.
Il se détourna lentement de la fenêtre et s'approcha de la table, s'y assit et se saisit d'un stylographe rouge qu'il avait laissé débouché plus tôt dans la soirée.
- Je vais d'ailleurs m'y remettre, il faut que je les rende demain.
- Elles sont comment, cette fois-ci ?
Fabergé ne répondit pas. Il se contenta de lui tendre trois groupes de feuilles agrafées, en haut desquelles était tracé un grand (jtrouve que ça ne convient pas =S) 8/20 à l'encre rouge. En les reposant sur la pile qu'il venait de faire, décidé à mettre un peu d'ordre dans les copies de ses élèves, il ajouta qu'elles étaient à peu près toutes pareilles, la meilleure méritant pour l'instant la médiocre note de douze sur vingt.
« J'ai relevé un record de sept solécismes, deux barbarismes c'est un peu la même chose non?) et une vingtaine de fautes d'orthographe grammaticales sur une seule page.
- Cela c'est (?) la forme, mais qu'est-ce que vaut le contenu ? demanda Aurore en s'asseyant à côté de son mari.
- Il vaut les notes que je leur ai mises. Autant dire pas grand-chose, j'ai l'impression qu'ils atteignent tout juste le niveau qu'ils auraient dû avoir en troisième. Mais le plus affligeant, c'est que j'en ai vu au moins dix aller chercher dans le dictionnaire qui était Musset. »
Nicéphor Fabergé se tut et demeura quelques instants immobile, le regard perdu dans le vague. Il se lança ensuite dans la correction de l'ultime rédaction, celle de son élève le plus doué, un grand garçon au long corps étique, qui avait doublé sa seconde à cause de sa moyenne catastrophique en mathématiques et qui répondait au nom de Philémon Clairambault.
Un peu moins d'une heure plus tard, lorsque Fabergé glissa soigneusement la liasse de copies de son porte-documents noir, celle du jeune homme était couronnée d'un 18/20 souligné de trois fins traits incarnats.

Pour te faire un plan: J'aime le début avec le plateau télé, j'aime moins le milieu quand il part dans ses délires littéraires, et je re-aime la fin quand sa femme revient Wink.

Dis-moi, ce Bouvard ne ressemblerait pas à un Werber? Et je n'apprécie pas vraiment le prénom Nicéfor et Fabergé non d'ailleurs ^^'. Tu es allé le chercher où? Razz Si ton histoire se passe à cette époque, pourquoi ne pas avoir trouvé qqchsoe de plus... commun?

Désolé cependant du petit retard, mais je dois avouer que ton histoire me donne bien plus à réfléchir et beaucoup de recherches dans le dico s'imposent pour savoir si les termes s'associent bien entre eux ^^'. M'enfin, j'apprends en même temps.

Par contre, je ne vois pas vraiment encore sur quoi va réellement traiter le sujet de ton histoire. Sur l'élève? Sur le prof? Sur les deux? Sur le combat pour faire valoir la langue dans son plus bel éclat?

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Message  MrSonge le Dim 7 Déc 2008 - 21:06

Merci pour la correction toujours aussi efficace !

Pour les prénoms, j'ai fait exprès, je cherche à ce qu'ils signifient quelque chose.
Nicéphor : porteur de victoire
Philémon : Ami seul
Abel : vanité

Etc...

Donc forcément ils sont un peu spéciaux mais c'est voulu. Razz

La caméra changea de place et quitta Bouvard pour se promener quelques instants sur les visages immobiles des autres invités, puis se fixa sur le présentateur qui expliquait maintenant qu'il était connu que de nombreux lecteurs des romans de Bouvard s'étaient réconciliés avec la lecture grâce à lui et ne lisaient pas avant la découverte de cet auteur.

Tu as raison, il y a un problème. C'est redondant. Je supprime la fin de la phrase, je crois que c'est ce qu'il y a de mieux à faire et elle est assez longue comme ça, de toutes façons.

« J'ai relevé un record de sept solécismes, deux barbarismes c'est un peu la même chose non?)
Wahhh hérétique Very Happy !! Le barbarisme c'est l'utilisation fallacieuse d'un mot à la place d'un autre : "il abhorrait un vêtement chaud" à la place de "il arborait..." par exemple.
Le solécisme c'est une faute de construction syntaxique comme il y en a à foison dans la dernière phrase du présentateur.

Et désolé pour les "oe" j'oublie toujours de ne pas les écrire avec deux touches mais avec l'unique touche "æ". Je veillerais à ne plus omettre d'abuser de l'utilisation de ce caractère. Razz

Quand au sujet réel du roman. C'est un peu tout cela à la fois. Enfin l'idée en tout cas, ce sera en fait centré sur les destins entrecroisés du professeur que l'on connaît déjà, de l'écrivain que l'on connaît aussi par la TV, de l'élève et d'une dernière protagoniste importante qui apparaît au chapitre troisième et qui aura un rôle prépondérant dans le dénouement.
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Message  Pacô le Dim 7 Déc 2008 - 21:08

Désolé pour ma culture limitée parfois Embarassed.
Eh bien je suis impatient de lire la suite Smile.

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Message  MrSonge le Dim 7 Déc 2008 - 21:19

Tu vas rire mais moi, c'était pour écrire la dernière phrase du présentateur :

- C'est justement là où je voulais en venir. La critique a souvent vitupéré contre vous en argumentant parfois qu'un journaliste de Gala a d'avantage de style que... »

Que j'ai dû me documenter. Il a fallu que je trouve des solécismes qui s'intégraient dans la conversation et, mine de rien, ce n'a pas été tout seul.
C'est bien la première fois de ma vie que je vais des recherches pour truffer une réplique de fautes. Razz
Comme quoi, il faut un début à tout.
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Message  MrSonge le Lun 8 Déc 2008 - 21:03

Première partie du :

Chapitre Second


Fabergé quitta la salle des professeurs quelques secondes après que la sonnerie ait retentit jusque dans les moindres recoins du lycée. Il descendit d'un étage et s'engouffra dans un long couloir, passant devant des portes fermées, derrière lesquelles il pouvait vaguement entendre ses collègues débuter leur cour, réclamant le silence, commentant mécaniquement des formules dont ils noircissaient le tableau ou débitant d'une voix morne leur savoir rabâché depuis leur nomination.
Arrivé devant la porte entrouverte de la salle ou il allait faire cour, il s'immobilisa au milieu du couloir, essayant de distinguer une phrase compréhensible au milieu du brouhaha qui semblait régner dans la classe. Se remémorant les piètres dissertations qu'il avait terminées de corriger la veille, il se surprit à vouloir rebrousser chemin, détruire les travaux de ses élèves. Pourtant, il chassa rapidement ces pensées de son esprit et pénétra d'un pas rapide dans la salle de classe, souhaitant le bonjour d'une voix qui couvrit difficilement le bruit des conversations. Une fois que Fabergé se fût assis à son bureau, le charivari diminua progressivement pour finalement se muer en quelques chuchotements discrets. Au dernier rang, une élève, vautrée sur sa chaise mal réglée, écrivait discrètement un message sur son téléphone portable. Trois jeunes hommes semblaient absorbés dans la contemplation active de la haute ramure d'un platane planté dans la cour de l'établissement tandis que deux filles assises au même pupitre étouffaient des gloussements à la lecture d'un magasine mal dissimulé sous leurs cahiers.
L'annonce de la distribution des dissertations provoqua cependant une faible vague d'intérêt désabusé parmi les lycéens. A mesure que le professeur se délestait des copies en passant dans les rangs, le brouhaha reprit progressivement ses droits, chacun tâchant de connaître le résultat de tout le monde et communiquant le sien à tout vent en y ajoutant quelques commentaires personnels qui disaient toute sa satisfaction, sa déception où son indifférence.
Lorsque Nicéphor Fabergé eût regagné son bureau, un élève se plaignit d'une voix traînante de la prise en compte des erreurs orthographiques et syntaxiques dans l'attribution de la note. Lassé de cette doléance qu'il entendait chaque fois qu'il rendait une interrogation écrite, l'enseignant rétorqua simplement que si on ne leur comptait pas ces erreurs en cours de français, il se demandait bien où on le ferait.
« Mais après tout, demanda un étudiant assis près de la fenêtre, à quoi sert la grammaire ?
Fabergé se redressa à cette question, le coude appuyé sur son bureau et le menton dans la paume.
- Quelqu'un peut-il répondre à la très pertinente question de monsieur Labrèche ? demanda-t-il en parcourant la classe du regard.
- Cela sert à s'exprimer correctement, à l'oral comme à l'écrit, lâcha dédaigneusement une jeune fille aux longs cheveux bruns, qui avait inélégamment plié son long corps mou sur sa chaise.
- Voilà une bien amusante mais cruellement réductrice vision de la grammaire, répondit le professeur et se laissant à nouveau aller contre le dossier de sa chaise qui protesta timidement en grinçant. Personne n'a de conception plus satisfaisante et surtout moins inepte à proposer ?
- Je crois, hasarda timidement Clairambault, que la grammaire est plus une fin qu'un but. »
Les élèves se turent graduellement à ces mots, comme si l'on versait du silence depuis le plafond au-dessus de la tête de Philémon Clairambault et qu'il se répandait tout autour du jeune homme, faisant mourir les embryons de sons dans la bouche de ses condisciples qui le lorgnaient à présent d'un air méfiant. Comme chaque fois que la conversation prenait un tour un temps soit peu intellectuel, les étudiants, dérangés dans leur vains bavardages et minauderies habituelles, rechignaient à tenter de faire l'effort non seulement de se maintenir au niveau du débat mais aussi de simplement maintenir une discussion qui leur semblait trop abstraite pour ne pas être obscure.
« Votre proposition est des plus intéressantes, monsieur Clairambault, pourriez-vous développer votre point de vue ? l'encouragea Nicéphor Fabergé dont le regard s'était subitement mis à pétiller d'une lueur qui trahissait son intérêt pour les idées de son élève. »
Philémon Clairambault expliqua de sa voix hésitante qu'il voyait la grammaire comme une sorte de voie d'accès à la beauté de la langue. Pour lui, lorsque l'on lit, on est capable de reconnaître de façon innée une belle tournure, un style artistique. Mais en faisant de la grammaire, on peut avoir accès à une strate différente de la beauté d'une langue. Analyser correctement une phrase bien faite, une phrase réfléchie dans ses moindres détails, c'est la voir nue, découvrir sa complexité fascinante ou sa simplicité déroutante, c'est entrer en elle pour en saisir tous les mystères, c'est accéder à ses tréfonds pour en exhiber toutes les merveilles. La grammaire est une porte qui s'ouvre sur l'infinie beauté des subtilités de la langue.
Le silence reprit pesamment ses droits lorsque le jeune homme se tût. Les quelques lycéens qui s'étaient donné la peine d'écouter leur camarade s'entre-regardaient maintenant en ricanant à voix basse. N'osant railler tout haut, ils laissaient leur regard débordant d'ironie méprisante exprimer leurs pensées.
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Message  Pacô le Mer 10 Déc 2008 - 20:29

MrSonge a écrit:
Chapitre Second

Fabergé quitta la salle des professeurs quelques secondes après que la sonnerie ait retenti jusque dans les moindres recoins du lycée. Il descendit d'un étage et s'engouffra dans un long couloir, passant devant des portes fermées, derrière lesquelles il pouvait vaguement entendre ses collègues débuter leur cour, réclamant le silence, commentant mécaniquement des formules dont ils noircissaient le tableau ou débitant d'une voix morne leur savoir rabâché depuis leur nomination.
Arrivé devant la porte (répétition qui choque pas trop, mais qui serait bon à remplacer pour voir...) entrouverte de la salle ou il allait faire cour, il s'immobilisa au milieu du couloir, essayant de distinguer une phrase compréhensible au milieu du brouhaha qui semblait régner dans la classe. Se remémorant les piètres dissertations qu'il avait terminées de corriger la veille, il se surprit à vouloir rebrousser chemin, détruire les travaux de ses élèves. Pourtant, il chassa rapidement ces pensées de son esprit et pénétra d'un pas rapide dans la salle de classe, souhaitant le bonjour d'une voix qui couvrit difficilement le bruit des conversations. Une fois que Fabergé se fût assis à son bureau (ou "Lorsque Fabergé...", le charivari diminua progressivement pour finalement se muer en quelques chuchotements discrets. Au dernier rang, une élève, vautrée sur sa chaise mal réglée, écrivait discrètement un message sur son téléphone portable. Trois jeunes hommes semblaient absorbés dans la contemplation active de la haute ramure d'un platane planté dans la cour de l'établissement tandis que deux filles assises au même pupitre étouffaient des gloussements à la lecture d'un magasine mal dissimulé sous leurs cahiers.
L'annonce de la distribution des dissertations provoqua cependant une faible vague d'intérêt désabusé parmi les lycéens. A mesure que le professeur se délestait des copies en passant dans les rangs, le brouhaha reprit progressivement ses droits, chacun tâchant de connaître le résultat de tout le monde et communiquant le sien à tout vent en y ajoutant quelques commentaires personnels qui disaient toute sa satisfaction, sa déception ou son indifférence.
Lorsque Nicéphor Fabergé eut regagné son bureau, un élève se plaignit d'une voix traînante de la prise en compte des erreurs orthographiques et syntaxiques dans l'attribution de la note. Lassé de cette doléance qu'il entendait chaque fois qu'il rendait une interrogation écrite, l'enseignant rétorqua simplement que si on ne leur comptait pas ces erreurs en cours de français, il se demandait bien où on le ferait.
« Mais après tout, demanda un étudiant assis près de la fenêtre, à quoi sert la grammaire ?
Fabergé se redressa à cette question, le coude appuyé sur son bureau et le menton dans la paume.
- Quelqu'un peut-il répondre à la très pertinente question de monsieur Labrèche ? demanda-t-il en parcourant la classe du regard.
- Cela sert à s'exprimer correctement, à l'oral comme à l'écrit, lâcha dédaigneusement une jeune fille aux longs cheveux bruns, qui avait inélégamment plié son long corps mou sur sa chaise.
- Voilà une bien amusante mais cruellement réductrice vision de la grammaire, répondit le professeur et se laissant à nouveau aller contre le dossier de sa chaise qui protesta timidement en grinçant. Personne n'a de conception plus satisfaisante et surtout moins inepte à proposer ?
- Je crois, hasarda timidement Clairambault, que la grammaire est plus une fin qu'un but. »
Les élèves se turent graduellement à ces mots, comme si l'on versait du silence depuis le plafond au-dessus de la tête de Philémon Clairambault et qu'il se répandait tout autour du jeune homme, faisant mourir les embryons de sons dans la bouche de ses condisciples qui le lorgnaient à présent d'un air méfiant. Comme chaque fois que la conversation prenait un tour un temps soit peu intellectuel, les étudiants, dérangés dans leur vains bavardages et minauderies habituelles, rechignaient à tenter de faire l'effort non seulement de se maintenir au niveau du débat mais aussi de simplement maintenir une discussion qui leur semblait trop abstraite pour ne pas être obscure.
« Votre proposition est des plus intéressantes, monsieur Clairambault, pourriez-vous développer votre point de vue ? l'encouragea Nicéphor Fabergé dont le regard s'était subitement mis à pétiller d'une lueur qui trahissait son intérêt pour les idées de son élève. »
Philémon Clairambault expliqua de sa voix hésitante qu'il voyait la grammaire comme une sorte de voie d'accès à la beauté de la langue. Pour lui, lorsque l'on lit, on est capable de reconnaître de façon innée une belle tournure, un style artistique. Mais en faisant de la grammaire, on peut avoir accès à une strate différente de la beauté d'une langue. Analyser correctement une phrase bien faite, une phrase réfléchie dans ses moindres détails, c'est la voir nue, découvrir sa complexité fascinante ou sa simplicité déroutante, c'est entrer en elle pour en saisir tous les mystères, c'est accéder à ses tréfonds pour en exhiber toutes les merveilles. La grammaire est une porte qui s'ouvre sur l'infinie beauté des subtilités de la langue.
Le silence reprit pesamment ses droits lorsque le jeune homme se tut. Les quelques lycéens qui s'étaient donnés la peine d'écouter leur camarade s'entre-regardaient maintenant en ricanant à voix basse. N'osant railler tout haut, ils laissaient leur regard débordant d'ironie méprisante exprimer leurs pensées.
Je vois. Ce texte est avant tout le plaidoyer de la langue et de toutes ses vertus, est-ce bien ça?
Noble cause en effet. La réalité en face en plus, avec les railleries des camarades.
Tiens, d'ailleurs au passage, je crois que tu devrais garder ce style. Ton vocabulaire est aisé, mais il n'est pas trop poussé non plus à l'extrême. C'est un langage riche mais qui ne nécessite pas forcément le dictionnaire à chaque phrase. Je trouve que ça donne plus d'accès au texte.
La suite?

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Message  MrSonge le Mer 10 Déc 2008 - 20:55

Grand pas, les amis, je progresse en orthographe. J'ai l'impression que la densité de mes fautes au paragraphe carré diminue relativement. Mais ce n'est peut-être qu'une impression (d'ailleurs il y en a encore d'inexcusables...) Razz.

Cela dit, merci pour la correction toujours aussi efficace.
Pour le style, en fait j'ai beaucoup tâtonné au début, c'est sans doute pour cela qu'il y a une sorte d'évolution du premier au second chapitre. Il faudra que je songe à aplanir les différences trop flagrantes d'ailleurs.

La suite, oui sans doute mais pas ce soir, je suis vanné, je vais dormir. Very Happy
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Message  Pacô le Mer 10 Déc 2008 - 21:07

Ou alors ne garder ce vocabulaire que pour l'émission télévisée.
Mais il est vrai que le premier est nettement plus recherché (trop même) que le second.

Eh bien, bonne nuit Smile.

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Message  malaulau le Ven 12 Déc 2008 - 7:05

MrSonge a écrit:Tu vas rire mais moi, c'était pour écrire la dernière phrase du présentateur :

- C'est justement là où je voulais en venir. La critique a souvent vitupéré contre vous en argumentant parfois qu'un journaliste de Gala a d'avantage de style que... »

Que j'ai dû me documenter. Il a fallu que je trouve des solécismes qui s'intégraient dans la conversation et, mine de rien, ce n'a pas été tout seul.
C'est bien la première fois de ma vie que je vais des recherches pour truffer une réplique de fautes. Razz
Comme quoi, il faut un début à tout.

Tu vas rire, je ne comprends pas où se cachent les solécismes ! sauf le premier où je voulais en venir. Car celui-là, je le fais tout le temps ! "à quoi je voulais en venir", ne vient pas instinctivement.
d'avantage en lieu et place de davantage, c'est un solécisme ça ? Perso je pensais à une faute d'orthographe Embarassed
De plus à la télévision, on ne voit pas l'orthographe... J'avoue ne pas comprendre !

"Vitupérer contre" me parait bancal mais jene vois pas non plus de solécisme. Je dois être bouchée !
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Message  MrSonge le Ven 12 Déc 2008 - 13:47

Pas bouchée du tout non, moi-même, comme je l'ai dit, j'ai du creuser le sujet pour en trouver qui s'intègrent dans la discussion.

Donc il y a bien le "c'est là où..." à la place de "c'est là que je voulais en venir".
Il y a aussi "un journaliste de Gala a d'avantage de style..." à la place de "un journaliste de Gala a plus de style..."
Et le "vitupérer contre" qui est plus que bancal, puisque la formule exacte serait "vitupérer quelqu'un".

J'aurais pu en faire un concours en fait : trouvez les solécismes, vous gagnerez un sugus ! Razz
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Message  Pacô le Ven 12 Déc 2008 - 20:16

"davantage de style" et "plus de style" c'est synonyme ça Razz.
Par contre, okay pour le vitupérer contre ^^'.

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Message  MrSonge le Ven 12 Déc 2008 - 20:33

"davantage de style" et "plus de style" c'est synonyme ça .

Niet.
"Davantage de style" => poubelle. On le dit souvent, mais en fait c'est totalement faux. Very Happy


Dernière édition par MrSonge le Ven 12 Déc 2008 - 21:53, édité 1 fois
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Message  Pacô le Ven 12 Déc 2008 - 21:28

C'est encore plus faux avec une apostrophe Very Happy.

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Message  MrSonge le Ven 12 Déc 2008 - 21:52

Une apostrophe ? Quelle apostrophe ? Razz
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Message  malaulau le Sam 13 Déc 2008 - 17:37

ah ! Pourtant davantage est dans le dictionnaire Larousse en ligne. syn : plus !


davantage
adverbe
(de d'avantage)

Indique une plus grande quantité, un plus haut degré, un temps plus long, etc. : Il doit travailler davantage.
Davantage de, plus de : Nos arbres ont donné davantage de fruits cette année.

Pour vitupérer, il est annoncé que certains grammairiens critiquent le "vitupérer contre" mais qu'il est maintenant admis par le plus grand nombre et dorénavant reconnu par l'Académie (source, entre autres, le Grevisse, TLFi). D'où tiens-tu tes infos ?

vitupérer
verbe transitif indirect
(latin vituperare)

Proférer des injures, des récriminations contre quelqu'un, quelque chose, les blâmer avec force : Vitupérer contre la hausse des prix.

vitupérer
verbe transitif

Littéraire. Attaquer par des injures quelqu'un ou un groupe, une institution : Il vitupérait le gouvernement.
LEs citations sont tirés de l'encyclopédie Larousse en ligne
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Message  MrSonge le Sam 13 Déc 2008 - 23:03

Larousse Dictionnaire des Difficultés de la Langue Française édition 2001.

Alors sans doute en 9 ans il s'est passé pas mal de choses, peut-être que je suis en retard pour le vitupérer contre.
Par contre pour le davantage ils sont formels mais visiblement ils sont revenus sur leurs positions depuis. Zut zut et zut, je vais devoir trouver autre chose. Razz
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Message  Pacô le Sam 13 Déc 2008 - 23:16

Pour le davantage, j'étais plutôt de l'avis de malaulau, et je ne comprenais pas vraiment le solécisme.
M'enfin, bonnes recherches Very Happy.

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Message  malaulau le Dim 14 Déc 2008 - 17:44

C'est d'un compliqué ! La langue française est tout de même tordue...
Bonne chance.
Intéressant tout de même ce texte... Il nous fait réfléchir en plus Razz
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Message  MrSonge le Dim 14 Déc 2008 - 21:09

Merci ! Very Happy
Alors je profite du compliment pour vous mettre la suite : Wink

La sonnerie de la fin du cours sortit les élèves de leur léthargie et leur insuffla soudainement une énergie qui les fit se précipiter hors de la classe avec une vitalité dont, quelques instants auparavant, lorsqu'ils étaient encore affalés tels des plantes vertes comateuses sur leurs pupitres, on ne les aurait pas crus capables.
Alors que Philémon Clairambault se dirigeait à longs pas mous vers la porte, son sac sur une épaule, Nicéphor Fabergé le héla sans se lever de sa chaise. Le jeune homme revint lentement vers son professeur, qui, une fois la classe vide, lui demanda s'il avait quelques instants de libres.
« Oui, répondit-il, je n'ai pas cour tout de suite.
- Je tenais tout d'abords à vous féliciter pour votre dissertation. C'était de loin la plus brillante que j'ai pu corriger, et pas seulement dans cette classe.
- Merci.
- Est-ce qu'il vous arrive d'écrire en dehors des textes scolaires ?
- Rarement, monsieur. Pourquoi cette question ?
- Parce que vous devriez, affirma Fabergé. Vous avez une excellente plume, savez-vous ? Il serait stupide de la laisser s'enliser dans de fades truismes scolaires, même si le contenu de vos rédactions se situe bien au-dessus de la moyenne. »
La discussion s'engagea ainsi. Ils parlèrent d'écriture, de lecture, confrontèrent leurs avis sur le style éblouissant de Flaubert et la prose neutre de Stendhal, se gargarisèrent quelques instants de vers particulièrement savoureux de La Fontaine :

"Autrefois à Racan Malherbe l'a conté.
Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre,
Disciples d'Apollon, nos maîtres, pour mieux dire,
[...]"


« Pourquoi ce passage est génial, Clairamblaut ? l'interrogeait avec passion Fabergé sans laisser à son élève le temps de répondre. Parce qu'il termine ses vers en les simplifiant, en les résumant, en les humanisant et non jamais dans une perspective de rhétorique ! Nous avons là toute la générosité de La Fontaine : "Nos maîtres pour mieux dire". C'est fin, mon ami, c'est final ! »

Vers midi, tandis que le ciel se couvrait lentement de menaçants nuages gris qui envahissaient l'horizon en s'étalant comme se meut un troupeau de de lents pachydermes, Nicéphor Fabergé quitta le lycée d'un pas rapide.
Après avoir marché pendant un peu moins d'un quart d'heure, il poussa la porte d'un bâtiment à la façade austère, au-dessus de laquelle était inscrit :

ÉDITIONS CORENTIN-GRANGÉ


Il monta au premier étage, saluant une secrétaire qui avait levé la tête de son ordinateur à son passage. Arrivé sur le palier du premier, il s'immobilisa quelques instants face à une haute fenêtre qui s'ouvrait devant lui. Une pluie fine commençait à tomber des nuées et les gouttes coulaient le longs du verre comme autant de larmes d'argent. Ces longues traînées verticales, fines et transparentes comme du verre, faisait à Fabergé l'effet de barreaux de prisons que le ciel lui-même dispose parmi les hommes.
Une voix forte qui l'interpellait par son nom tira le professeur de sa rêverie. Il se retourna lentement et se retrouva face à un grand homme aux cheveux grisonnants, de forte carrure et à l'embonpoint léger. Onésime Corentin, le propriétaire des lieux, était vêtu d'un costume gris dont le pantalon était légèrement trop court pour ses longues jambes. Il avait légèrement desserré le noeud de sa cravate rouge pâle.
Les deux hommes se serrèrent la main et l'éditeur fit entrer Fabergé dans un grand bureau lumineux, dont le plancher craquait légèrement sous leurs pas. Ils prirent place de parts et d'autres d'un bureau en ébène, aussi reluisant que du verre poli. Il régnait dans la pièce une odeur légère mais insistante de tabac froid et de détergent qui rendait l'atmosphère presque indisposante malgré une fenêtre entrouverte qui semblait plus propager les effluves intérieures dans les rues de la ville que renouveler l'air du bureau. Le doux clapotement de la pluie contre les vitres et sur le balcon parvenait tout juste à masquer le bourdonnement incessant des automobiles. Par moment on entendait la gouttière du bâtiment sit face aux éditions Corentin-Grangé qui débordait, répandant son trop-plein sur le trottoir avec un bruit humide comme l'air extérieur.
Une fois installé dans un confortable fauteuil de cuir noir, face à Onésime Corentin, Fabergé posa son porte-documents sur ses genoux, l'ouvrit et en tira une liasse de feuilles dactylographiées, agrafées par le coin supérieur gauche.
« Voici donc l'ultime chapitre, dit l'éditeur en prenant le manuscrit que lui tendait son vis-à-vis. Dans les délais, comme toujours. Vous n'êtes pas loin de devenir mon auteur le plus ponctuel, savez-vous.
- La ponctualité est la politesse des rois, répondit simplement Nicéphor Fabergé. »
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Message  Pacô le Dim 14 Déc 2008 - 22:07

Je le corrige mercredi !!
Sinon, truc totalement décalé de ce topic (quoique) tu n'as jamais pensé à l'édition?
Ou du moins des concours qui t'ouvriraient des portes de l'édition?
Ton style dégage une maturité et un vocabulaire riche... Il pourrait plaire à certaines catégories d'éditeurs non?

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Message  MrSonge le Lun 15 Déc 2008 - 17:48

J'y ai déjà songé en fait (comme sans doute tout les jeunes de mon âge qui écrivent ) et je comptais sur mes vacances d'hiver qui approche pour mettre un terme à mes Liens du Sang mais surtout à "Un goût amer" qui est plus court et plus avancé. Une fois que j'aurais bouclé un roman, et que j'en serais plus ou moins content (plutôt moins) j'y réfléchirais vraiment sérieusement. Et en fait je me documente un peu aussi grâce à la session "éditeurs" vu que je n'y connais pas grand chose dans ce domaine et que je serais comme un candide et innocent agneau jeté dans un monde aride de loups affamés et voraces. (soirée métaphore les gens...)
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Message  malaulau le Mar 16 Déc 2008 - 10:36

Va faire un tour aussi sur les forums partenaires Laughing ouarffff je me fais aussi de la pub ! Ya pas de raison Ya pas que Pacô !
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